Partager l'article ! SOUVENIRS (1): La table des matières se trouve à la fin "On ne peut pas plaire à tout le monde et à son père" (La Fontai ...
1. Motivation
Voilà des années que je me dis épisodiquement que je devrais écrire mes souvenirs concernant le Collège. Mais chaque fois que j’y pense un peu sérieusement, je trouve l’entreprise à la fois prétentieuse, fastidieuse et finalement inutile. Hier, Jean Arnould a dit qu’il faudrait qu’on écrive l’histoire du Collège des 40 dernières années en me regardant droit dans les yeux avec une insistance qui ressemblait fort à un défi. C’est le déclic que j’attendais sans doute inconsciemment.
Aujourd’hui, je sais que je peux entreprendre cette rédaction sans prétention: ce ne sera jamais qu’une vision très partiale et toute personnelle d’événements qui me sont plus ou moins bien restés en mémoire. Evidemment, je ne vais pas tenter de faire œuvre d’historien.
Fastidieuse, elle le sera sans doute, mais comme je n’ai pas d’obligation de résultat, je peux écrire à mon rythme et m’arrêter quand je veux.
Inutile certainement pas pour moi, puisque ce travail va m’occuper dans deux domaines que j’aime: le Collège et l’écriture. Inutile pour d’éventuels lecteurs? Probablement. Mais comme je dispose d’un blog qui est lu par quelques personnes (dont 16 sont abonnées), en faisant paraître ces lignes par ce canal, peut-être susciterai-je un certain intérêt chez mes lecteurs. Surtout un intérêt pour le Collège (avec une majuscule!).
En fait, ce qui me paraît le plus difficile, c’est de dire ce que je pense vraiment de certains acteurs de cette histoire, sans langue de bois, mais sans risquer de leur faire du tort; ce sera d’autant plus difficile que j’ai toujours eu une tendance très marquée pour l'ironie. J’ai beaucoup de mal à me retenir, à me censurer. J’ai déjà envie d’arrêter à la pensée que je vais devoir «jésuiter» si je ne mets pas de clé d'accès à mon blog. Il risque donc d'être lu par des gens qui ne me connaissent pas et donc qui ignorent mon sens de l'humour. Pour montrer ma bonne volonté (je ne suis pas méchant dans le fond de l'âme), je m'engage à rectifier ce qui serait erroné ou considéré comme malveillant.
Allons-y!
2. Présentation
Je dois quand même un peu me présenter pour qu’on comprenne mieux mon point de vue sur le Collège. Je suis né dans une famille
andrimontoise et catholique, juste en face d’une chapelle (Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, rue Maurice Duesberg, 113 à Ottomont, quartier d'Andrimont) – photo de face et de profil ci-dessous
– qui a fait office d’église paroissiale jusqu'en 1964, au moins. A
droite, photo authentique de sainte Thérèse.
Maman est tombée veuve en 1950 alors
que j’avais presque 6 ans. Je n’ai qu’une sœur, de 9 ans mon aînée, et nous vivions dans une petite boulangerie-épicerie de quartier (photo ci-dessous). 
Je n’ai pas eu conscience de souffrir du décès de mon père: ma mère et ma sœur (je dois lui rendre cette justice) ont bien compensé. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être pauvre – je crois
d’ailleurs que nous ne l’avons jamais été –, même si j’étais bien conscient qu’il y avait parfois des fins de mois difficiles. Il m’est apparu très tôt que tous les espoirs de ma petite famille
reposaient sur mes frêles épaules: je devais devenir un intellectuel alors que ma mère et ma sœur n’avaient pas été à l’école au-delà de 14 ans. Mon père, dont le premier métier
était
tourneur, avant de devenir boulanger durant la guerre pour éviter le travail obligatoire en Allemagne, était allé à l’école technique
Don Bosco de Verviers, sans doute jusqu’à 16 ans. (Ci-contre, photo du bâtiment en construction en 1895, rue des Alliés).
Je n’en suis même pas sûr. Maman m’a très jeune persuadé que je ne devais pas me destiner à un métier manuel, surtout pas boulanger, bien que, comme toute la famille, je
participais comme je pouvais à la vie de cette petite entreprise familiale. Je m’en suis assez plaint quand je suis devenu adolescent et que j’aurais tant voulu être débarrassé des contraintes du
commerce. Maman avait du mal à s'en sortir seule une fois ma sœur mariée – ce qu’elle fit à 20 ans à peine. Mais je savais que c’était mon devoir. Et qu’on n’y coupe pas!
3. Quelques réminiscences du contexte politique (1952)
Nous sommes en septembre 1952. C'est toujours l'atmosphère de l'après-guerre, mais je ne suis pas capable de m'en apercevoir: j'ai 8 ans! Nous n'avons évidemment
pas de télévision - je crois que la RTB n'existait pas encore - et la radio ne marche pas souvent chez moi; en outre je n'ai jamais vu d'hebdomadaire, sauf de temps à autre le très royaliste et
très catholique Patriote Illustré.
Evidemment, j'entends parler de tout dans le magasin, même si tout ne m'intéresse pas. Je peux aussi apercevoir en passant devant certains kiosques à journaux (des
aubettes, dit-on d'habitude) comme à la Chic-Chac, à l'arrêt du tram, près de la gare, des couvertures d'hebdomadaires qui traduisent les
préoccupations des adultes. Je crois me souvenir de la révolte des "Mau Mau" au Kenya: pour moi, tous les Noirs étaient congolais, Congo belge, bien entendu. Et les Congolais on les aimait
bien, un peu comme de grands enfants qu'il fallait prendre par la main. On est loin, très loin de penser que la Belgique donnera l'indépendance à sa colonie
8 ans plus tard.
Les photos ci-jointes proviennent toutes de l'hebdomadaire Europe-Amérique devenu plus tard Europe Magazine;
exemplaires trouvés bien plus tard dans une brocante.
J'entendais souvent parler des communistes, race sordide et dangereuse si je comprenais bien, surtout dans l'immense pays baptisé U.R.S.S. dirigé par l'ogre
Staline. Evidemment, nous étions tous pour les Américains, qui avaient gagné la guerre, et je connaissais même le nom d'Eisenhower sans faire la
différence entre le général en chef et le président.
J'étais très étonné et intéressé à la fois quand j'entendais parler de la guerre de Corée: il y avait donc encore la guerre quelque part, moi qui regrettais tant de n'avoir pas vécu ces
événements dont les grandes personnes parlaient tant, souvent avec une sorte de
dégoût voire d'horreur dans la voix d'ailleurs. J'avais été très impressionné d'apprendre que le frère d'un
ouvrier boulanger, qui travaillait chez moi, avait été tué en Corée: un Belge qui mourait les armes à la main, ça existait donc encore!
Bien entendu, je connaissais le nom et le visage de notre roi Baudouin, mais je n'avais rien retenu de la Question Royale, encore
moins de la Princesse Liliane ou des Cobourg.
Quant aux prêtres-ouvriers, je me rappelle que ça choquait fort les catholiques du coin... et moi aussi d'ailleurs!

4. Arrivée au Collège
Je fais mes deux premières primaires à l’école communale Fonds-de-Loup de la place Simon Gathoye à Andrimont, l’école la plus proche de mon domicile.
Puis j'arrive au collège jésuite de la rue de Rome au début de la troisième. Maman a programmé mon avenir: j'irai au Collège Saint-François-Xavier, chez les
jésuites! Quelle grande école, quelle cour immense, avec des panneaux de basket fixés dans le sol!
Je serai aussi très impressionné par la beauté de cette grande église qui se nomme église du Sacré-Cœur et n’a rien de commun avec notre petite chapelle, en fait une ancienne serre à peine
aménagée.
Je fais les déplacements en tram (n°5), dont le terminus se situe à 300 m de chez moi. Je descends rue du Palais, juste au-dessus des escaliers de la rue de Rome. Je prends ce moyen de locomotion fort amusant 4 fois par jour, puisque je rentre dîner à la maison. J’ai rapidement rencontré des voisins (surtout José Troupin, devenu plus tard directeur de la banque Drèze; 5 ans plus âgé que moi) qui faisaient le même trajet.
En fait, le Collège avait les 6 années primaires, nommées préparatoires, en cinq classes: la
première et la deuxième ne formaient qu’une classe sous l'autorité de
M. Bastin. Nous sommes en septembre 1952 quand je rencontre l’instituteur Creton (photo de 1952: je suis à sa droite, visiblement boudeur; encore
puni sans doute),
qui débute cette année-là au Collège. Il va devenir un personnage étonnant dans cette petite école à la grosse réputation. Il y a beaucoup de jésuites, tous en soutane, évidemment, mais
aucun n’est titulaire d’une classe de préparatoires. Nous n’avons que des laïcs; on voit juste un jésuite pour le cours de religion. J’ai appris plus tard que le Primaire était géré
jusqu’à l’année 1950 par des frères Maristes, qui avaient quitté la rue de Rome pour faire place à des
instituteurs diplômés, qui seraient dorénavant payés par l'Etat.
A cette époque, les jésuites ne
s'intéressaient pas au Primaire, et encore moins au Maternel.
On partage la cour avec les grands de Latines qui nous impressionnent beaucoup. Voyez ci-joint la liste du personnel enseignant. C'était en fait une petite
école primaire de 5 classes et un petit collège de 8 classes secondaires. On en perdra d'ailleurs une 2 ans plus tard (une seule 5e).
Voici, de mémoire, les titulaires jésuites des classes allant de la Rhéto à la cinquième en 1954: Bodaux, Fabri, Coméliau, Claude et Nachtergaele.
Dans ma mémoire, c'est resté ainsi durant des années.
En 1953, le père Derouau devient Recteur et Directeur (Préfet des Etudes dans le jargon jésuite) et le père Albert Wankenne (Verviétois, frère de Félix, curé de
Lambermont, d'un autre jésuite et encore d'un autre religieux, si pas d'une religieuse) nous arrive comme Préfet de discipline. Il sera remplacé par le père Nachtergaele (Nach) en 1955. J'ai vu plusieurs fois dans la cour le R.P.N. Ries, un gai rougeaud, professeur de flamand et surtout joueur de football aux récréations (en soutane, bien
entendu): une véritable attraction. J'ai aussi aperçu le père
Raymaekers (dit le Chinois), professeur de chimie, physique, botanique et géographie. J'ai entendu parler d'un certain Microbus – sans doute M.P. Grosjean, professeur de flamand –, par mes cousins Janssen (Robert et Jean) ainsi que par Robert Beckers (tous trois de Welkendaedt).
Mes lecteurs les plus âgés et anciens du Collège reconnaîtront sans doute le père Jean Bodson (Préfet de discipline de 1948 à 1953; j'ai donc dû le connaître, mais
sa tête ne me dit rien) – sympathique distributeur d'admittatur pour
les Welkenraedtois prétendument en retard à cause du train (dixit Robert Beckers) –, et le père
Willy Warnant, aussi Préfet de discipline, paraît-il.