publication cercle Emile Coue
4. Beauduin, triste sire
Jeudi 29 avril 1993, 20h, salle audio 1, conférence de l’abbé A. Beauduin (photo ci-contre),
directeur général du Secrétariat de l’enseignement catholique (P.A.F.: 50 FB).
Une telle affiche va remplir la salle audio 1, on va jouer à bureaux fermés. Même pas! Quelques parents, surtout les obligés, et très peu d’enseignants. Mais n’aurait-on pas dû préciser que Beauduin était chanoine? Il aurait même été cardinal que les gens qui le connaissaient seraient restés chez eux, et auraient bien fait.
Une conférencier terne, ennuyeux, rasoir, déprimant plonge la salle dans une sorte d’apathie polie. Dans le temps, on aurait chahuté. Heureusement, le spectacle allait venir de la salle. Au dernier rang se tient un spectateur très attentif, prêt à intervenir. Bizarre, en voilà un que Beauduin n’a pas réussi à décourager. Dès que le chanoine donne la parole au public, ce personnage intervient pour poser une question qui n’a franchement aucun rapport avec la conférence, mais manifestement un lien très étroit avec le conférencier. Il s’agit du fameux Joseph Hick, professeur mis à pied par ledit chanoine quand notre Joseph était sous ses ordres. N’entrons pas dans les détails, mais rappelons les faits vus du côté des supporters de la victime, l’enseignement catholique brillant en l’occurrence par un prudent silence.
«Le 10 mars dernier, plusieurs personnalités ont lancé un nouvel appel pressant à soutenir Joseph Hick, cet enseignant ignominieusement licencié de l’Institut Episcopal de Bullange en 1986 sans jamais avoir eu le droit de se défendre. ‘Le déni de justice a assez duré, s’insurgent-ils. Joseph Hick est en danger d’être écrasé par des institutions en place. Un sursaut est maintenant indispensable pour lui permettre de poursuivre son combat exemplaire et de le mener à bien.’»
Depuis 7 ans, notre Joseph est donc sur la paille. Il multiplie les actions spectaculaires pour attirer l’attention du public. Comme l’Enseignement catholique refuse d’alimenter la polémique, certains n’hésitent pas à condamner ces «pratiques d’un autre âge». Nous sommes tous un peu mal à l’aise quand on nous en parle. On ne connaît pas exactement les circonstances qui ont déclenché l’affaire. Comme notre «directeur général» est le fameux Beauduin, c’est peut-être le moment d’en savoir un peu plus, surtout que la presse brille par son absence.
Quand Beauduin s’aperçoit de qui vient cette attaque ad hominem, il devient blême, se lève furieux et déclare sèchement à l’assemblée – qui n’y est pour rien! – que, dans ces conditions, il s’en va. Il se dirige effectivement vers la sortie. Mais la salle commence à désavouer bruyamment sa réaction, lui reprochant vertement son «Courage, fuyons!» Le bon chanoine comprend alors qu’il va se mettre tout le monde à dos (pour moi, c’est déjà fait), il s’arrête et fait demi-tout l’air inquiet. Il répondra très succinctement aux quelques questions de courageux qui sont venus pour y voir un peu plus clair dans les intentions de notre Enseignement libre catholique. J’en suis. Je lui demande pourquoi la Fédération de l’enseignement catholique projette de raboter encore le nombre d’heures de maths en 3e et 4e. Il me répond par une autre question: «Vous ne croyez pas que l’on peut faire du bon travail en maths avec 4h/semaine?» Il s’attend à ce que je réponde «oui» et il pourra, grâce à cette pirouette, passer à une autre question. Je vois bien le piège, mais si j’acquiesce, je suis ridiculisé ou alors je suis obligé d’entrer dans le détail du programme, qu’il ne connaît sûrement pas. Il va alors redire qu’il fait confiance à ses inspecteurs, qui sont évidemment absents. Pourtant, il s’agit bien d’une décision stratégique qu’ils ont prise et qu’il devrait être capable de justifier: c’est pour ça qu’on est venu l’écouter. Pourquoi moins de maths, par exemple, que dans l’enseignement de la Communauté française? Furieux de constater sa couardise, je réponds sèchement: «Non»! Surpris, il jette les bras au ciel, essayant de faire comprendre à la salle que je fais sans doute partie de ces matheux bornés. Puis il passe à une autre question, pressé de terminer cette soirée qui montre à suffisance son incompétence.
Comme la plupart des spectateurs présents, je pars dépité. Je ne peux m’empêcher de plaindre notre pauvre Enseignement libre, dirigé par un pareil incapable.
Beauduin? Un triste sire!
5. SFX: un collège en PROJETS
C’est l’année des projets ou plutôt l’année de la mode des projets. En novembre 1993 paraît un numéro spécial de SFX revue sous le titre «SFX: un Collège en PROJETS». En pratique, le directeur veut montrer comment se concrétise à travers des personnes le fameux Projet pédagogique dont on nous rebat les oreilles depuis 10 ans au moins. Ce projet pédagogique est un beau texte idéaliste que les gens s’empressent de ne pas lire. Autant je croyais à l’écrit quand j’étais jeune prof, autant je crois aujourd’hui que la plupart des écrits restent lettre morte; le vrai moteur, c’est le bon sens dans l’action. Mettons de côté les assureurs et les avocats. Dans ce numéro spécial, on passe astucieusement du Projet aux projets. La table des matières de cette revue devient la table des projets.
Rien de bien neuf en 1993 dans la rubrique «Animation pastorale», qui comprend, comme chaque année, la fête du Collège, les retraites et le Gospel.
Pour ne pas l'oublier, le mouvement syndical lance une grève d'un jour le lundi 22 novembre 1993 : sans doute une grève d'avertissement, mais lequel ? Pour certains de mes collègues, contrairement à moi, cette question est superflue, on marche! Pendant ce temps-là, je compte mes élèves, et je travaille avec eux dès qu'il y en a au moins un qui se présente. Ce qui est le cas pour deux des trois heures de mon horaire de ce lundi 22
En pédagogie, on met en exergue un projet «Méthodes de travail» dont le sous-titre est le bien connu «apprendre à apprendre». Il va se construire à partir d’une opération remue-méninges réservée aux classes de 5e et mobilisant 16 professeurs dans un rôle d’animateur. Cette action se jouera en deux matinées du premier trimestre.
Liliane Hubin et Jean-Claude Houssonlonge préconisent, eux, de mettre en œuvre un projet. 
Responsable de soi et des autres sur les routes». Evidemment, que c’est vital. Qui pourrait en douter? Mais ces deux derniers projets se concrétisent chez nous par des opérations coup de poing qui laissent aux élèves un goût de trop peu. Et aux profs aussi. Ces enseignants courageux sont nombreux au Collège – école bénie! – qui n’hésitent pas à donner bénévolement de leur temps, matière si précieuse, pour l’éducation des jeunes qui leur sont confiés. Sans vouloir pousser ici un cocorico pour SFX, je crois quand même que c’est une caractéristique du Collège, ce dévouement et cet enthousiasme des professeurs. Présentez un projet cohérent et vous verrez les volontaires se présenter comme par miracle. On ne remerciera jamais assez ces collègues dynamiques qui ne se laissent pas envahir par le règne insidieux des profs-bof, ceux auxquels on ne la fait plus, les éducateurs éteints, les traîne-savate qui arrivent systématiquement 10 minutes en retard à chaque cours, les morts-vivants qui n’attendent que le jour de la pension, certains pendant 30 ans! Le plus beau métier du monde? Oui, mais pas pour tous. J’aime à dire ce que je pense, surtout dans ces cas-là.
Mais si ces actions trop ponctuelles ont fait long feu, il en est qui s’inscrivent dans la durée. Ainsi en est-il de la «Gestion du temps de midi» dont la responsable-coordinatrice est Anne Quoilin-Pirnay (photo de gauche). Une femme dynamique, montée sur ressorts.
Le projet «Préventions» va évoluer en foncti
on des circonstances. On s’attaque en principe au tabagisme, à l’alcool, aux drogues en général; puis au SIDA, qui nécessite un détour par l’éducation sexuelle (j’y reviendrai). Quelque temps plus tard, on débouchera sur la notion d’assuétude, cheval de bataille de Dominique Embrechts (photo de droite), d’abord préfet d’Education avant de devenir sous-directeur.
Mais il y a encore trois projets qui méritent d’être approfondis.