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publication cercle Emile Coue

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SOUVENIRS (2)

5. Comment devenir vedette sans le vouloir

Je viens de lire dans la plaquette du Centenaire (1955) qu’il y avait 128 élèves en Primaires en 1951, année où on a fait des transformations dans ce bâtiment: «portes et fenêtres donnant sur la cour sont supprimées et remplacées par de grandes verrières», comme on le voit sur la photo ci-dessous; 5 ans plus tard, en septembre 1956, il y a  289 élèves! En juin 1955, la population scolaire totale (Primaire + Secondaire) de Saint-François-Xavier atteignait «le chiffre record de 524!» Oui, pour l’époque, ça devenait une grosse école.

J’étais assez fier de mon école. Durant les premières années, nous portions régulièrement notre toque alors que les copains de Saint-Michel avaient une sorte de banane bleu foncé.

On y accrochait le nombre d’étoiles dorées qui correspondait à la classe dans laquelle on se trouvait, donc j’ai commencé par en mettre trois. Mais cet ornement vestimentaire devint assez vite désuet, je me souviens qu’en 6e, il n’y avait plus que quelques naïfs (ou dociles) qui se coiffaient régulièrement de cette toque d’astrakan. Les mentalités changeaient: c'est ainsi que je ne me souviens même pas qu'on apprenait la Brabançonne à l'école (contrairement à mon épouse, qui était dans l'officiel).

Je n’étais pas mauvais élève, mais pas toujours très discipliné. Maman est venue trouver une fois M. Charles Creton, sans doute pour prendre des nouvelles de mon attitude et lui Cret-Plum.jpgdire ostensiblement (devant moi!) qu’il ne devait surtout pas se gêner pour me gifler. Je crois qu’à partir de ce moment-là, il s’est nettement  calmé dans ce domaine à mon égard: un véritable esprit de contradiction. Notez qu'il avait d'autres techniques moins classiques mais tout aussi efficaces pour nous faire physiquement mal.






En 4e, nous allions chez M. Marcel Schreurs, un maître beaucoup plus expérimenté et surtout plein d’humour.Schreurs 53 4 prim

On l’aimait beaucoup. Tant que je parle des hommes, je ne peux oublier le jésuite qui nous impressionnait le plus: le père Albert Wankenne, préfet de discipline. Pour nous, c’était le boss. Le père Recteur, c’était une sorte d’évêque qui ne se montrait qu’aux grandes fêtes. Je crois que je ne l'ai vu qu'une seule fois en dehors de ces manifestations, et encore, de loin! Je sais quand même qu'il s'appelle Derouau (photo de gauche, prise au 125e, en 1980). Mais le préfet de discipline faisait Derouau recteur (mais en 1980)régner l’ordre partout, c’était une véritable terreur, armé de sa clochette qui ne quittait jamais sa main gauche (c’était pareil pour les surveillants, tous de jeunes jésuites). Son bureau donnait immédiatement sur la cour, en plein milieu de celle-ci, à peu près à l'endroit où commencent aujourd’hui les escaliers extérieurs. A deux mètres de la cloche, qui est toujours la même d'ailleurs. Il suffisait qu’il apparaisse pour qu’on rectifie la position. Evidemment, j’ai eu les honneurs de ce personnage. Je crois que j’étais en 4e (9 ans). C’était un jour d’hiver avec de la neige. C'était un samedi après-midi. Je ne sais si j'étais déjà puni. Notez qu’on avait cours le samedi après-midi à cette époque. Je traînais dans la cour pour une raison pas très catholique et j’ai participé à une bataille de boules de neige par principe. Mais je pris un morceau de glace – par souci d’efficacité sans doute – et j'atteignis mon objectif au-delà de mes espérances. Un pauvre petit gars reçut mon projectile près de l'oeil et se paya une cocarde qui doit l’avoir marqué pour le restant de ses jours, moralement bien sûr. Le père Préfet n’était pas là et je réussis à regagner mon domicile sans punition supplémentaire (j'avais fui), mais avec la peur de ma vie: j'étais sûr que ce garçon que je ne connaissais même pas allait me dénoncer à qui de droit. Que faire pour éviter les foudres du préfet? Gagner du temps: surtout ne pas me montrer à l’école le lundi matin. Peut-être m'oublieront-ils , pensais-je naïvement. J’ai donc joué au malade imaginaire et cela marcha effectivement une avant-midi, pas plus. Maman m'envoya au Collège l’après-midi. J’étais à peine en classe qu’un surveillant vint m’appeler de la part du père Wankenne . J’en tremble encore. Je crois que j’ai pleuré d’emblée pour tenter d’amortir le choc. Pas question de mentir à un tel homme, grand, maigre, sec comme une trique, dont le regard vous transperçait jusqu'au fond de l'âme. A cette époque, nous recevions un bulletin hebdomadaire sous forme de carte de couleur. Je me souviens encore de la hiérarchie (voir le spécimen ci-contre, que j'ai conservé de l'époque, sans doute une des rares dorées reçues dans mon cursus scolaire). On était persuadé que la verte (Mal!) n’existait pas. C’était sans doute un mythe. Quand on rentrait avec une bleue, c’était déjà la catastrophe à la maison.
Dans ma classe, cette semaine-là, on a distribué deux cartes vertes: une pour moi, évidemment, et une pour Jacques Thiry, qui est devenu avocat (puis magistrat?). En tout cas, c’est le frère aîné de l’abbé Thiry, philosophe et magicien bien connu dans la région. Ce brave Jacques, un peu naïf à l’époque, était allé rechercher une balle restée bloquée dans la neige du toit du préau (juste à côté du chemin du fer)  au péril de sa vie et sous les yeux effrayés (ou amusés...) Wankenne.jpgde toute l’école en récréation.

Nous sommes devenus tous les deux des vedettes locales bien malgré nous…

 

                                                       

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