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publication cercle Emile Coue

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SOUVENIRS (17)

L’ambiance générale au début des années 1980

Depuis le premier choc pétrolier, on est en crise; lMartens-Wilf.jpge second choc de 1979 n’arrange rien. Je ne sais pas si c’est réel, mais j’ai nettement l’impression que l’époque où la vie matérielle était la plus facile pour les professeurs date de 1973: j'ai surtout le souvenir d'une insouciance totale durant les grandes vacances plus particulièrement.

La vie politique est assez morose et très instable en Belgique: 12 remaniements ministériels entre 1974 et 1981 et un endettement galopant; puis la série des Martens (dit Wilfried l'évident)   et les années d'austérité.


En France, c’est la gauche qui triomphe avec l’élection de François Mitterrand (photo ci-contre) le 10 mai 1981 (jour de la communion solennelle de Brigitte, ma fille).
Pour ma part, je crois que nos voisins du Sud vont avoir un réveil difficile! Surtout que Tonton (qui se prendra bientôt pour Dieu) va faire un gouvernement avec les communistes de l’inénarrable Georges Marchais. Giscard-1974.jpg


Exit Giscard et ses airs de grand seigneur, voici un nouveau…monarque!
Personne n’imagine alors que Mitterrand s’installe à l’Elysée po
 ur 14 ans. La France n’en deviendra pas communiste pour la cause, contrairement aux craintes de nombreux catastrophistes de droite.



Le 13 mai 1981
trois jours après l'arrivée au pouvoir de Mitterrand , le pape Jean Paul II est victime d'un terrible attentat place Saint-Pierre à JPII-1985.jpg Rome. Le monde catholique est choqué. Nous ne comprenons pas pourquoi on veut le supprimer et nous ne saurons jamais qui a armé le bras de ce Mehmet Ali Agça, un Turc, auquel on a prêté les plus fantaisistes motivations. Celui-ci fera de la prison, où le pape ira un jour lui rendre visite pour lui pardonner son geste: un grand moment aussi.

jean Paul II en France 1980

 





C'est à partir de cet événement que le pape utilisera systématiquement la voiture blindée appelée "papamobile".

Les medias du monde entier sont en ébullition: cet attentat vient deux mois après la tentative contre Ronald Reagan, président des Etats-Unis. Les grands de ce monde seraient-ils devenus une cible facile?

 Reagan-et-JP-II-en-1982.jpg

 

 



Depuis quelques années, les librairies croul
ent sous les pamphlets concernant l’école et les projets de rénovation de celle-ci. Cela encourage peut-être les enseignants à lire, ce qu’ils font trop peu, assurément.

Jacques Attali (photo ci-dessous), qui va nous habituer à une cadence d’un livre par année, prend de la hauteur et sort «Les trois Mondes – Pour une théorie de l’après-crise», Fayard, 1981. Encore un livre que j’ai complètement oublié: ça sert à quoi de lire? Je viens par hasard de retomber sur des notes que j’avais prises à l’époque. Preuve que j'étais passio nné par sa lecture. Les trois mondes en question sont la Régulation, la Production et enfin l’Organisation. «Une organisation survit, dit-il (p.195), si la communication entre ses parties résiste au bruit extérieur ou, mieux même, si grâce à ce bruit augmente l’adaptabilité de ses parties aux besoins du tout.» Il a un petit couplet sur le régime soviétique qui fait alors froid dans le dos : «ces régimes peuvent peut-être profiter de cette crise pour entrer plus franchement encore dans l’ordre Marchand. Pour l’URSS, cela passe par une tentative de domination politique et économique sur l’Europe de l’Ouest afin d’y puiser la technologie nécessaire à la dévalorisation et à l’automatisation de la production. Si cela échoue, une autre possibilité d’évolution du soviétisme serait la dévalorisation par la guerre.» Cela donne froid dans le dos.

Quelque temps plus tard, répondant aux mouvements pacifistes opposés à l’implantation de missiles américains à l’ouest du Rideau de fer, Mitterrand lancera son fameux: «Les pacifistes sont à l’Ouest et les missiles à l’Est!» 

Drôle d’époque, partagée entre la crainte de la guerre nucléaire et l’espoir d’un progrès fulgurant dopé par l’informatique.

Prolongée mais pas nommée

Dans les années 1960-70, pour un enseignant du Libre, il ne faut d'habitude que 2 ans entre le jour de son engagement et celui de sa nomination définitive par le Pouvoir organisateur. Cette règle peut souffrir des exceptions si la personne engagée est intérimaire d’un professeur «en mission», comme ce fut le cas pour ceux qui remplacèrent Henri Héroufosse, casé au jury d’homologation, ou Luc Peeters, détaché dans un cadre de formateurs, je crois. Je suppose que Jean-Michel Daele, promu conseiller pédagogique, a aussi été remplacé par des intérimaires.
Il peut arriver que le membre du personnel doive prester une

3e année de Arnould J 83 probation avant sa nomination, année décidée par l’autorité du Collège, qui demande ainsi un délai supplémentaire avant de se décider définitivement. C’est un peu comme une seconde session. Jean Arnould, Joseph Ruwet , Christophe Fettweis (en-dessous, à gauche) et Jean-Luc Goffin durent purger cette prolongation avant d’être nommés définitivement. Les raisons n’en sont évidemment pas publiées.Goffin 87 

  Fettweis 89


Cette sorte de punition est infligée aussi à Claire Laloux, jeune
licenciée en Romanes très sympathique et fort joyeuse, particulièrement appréciée des professeurs de Longrée Geo 1974 religion comme le père Longrée (ci-contre) et Philippe Massart  pour son sens de l’ouverture en la Laloux Claire n matière. Mais il semble qu’elle dérange par sa façon trop libre de parler en classe, c’est du moins ce que l’on entend dire de la part de certains  parents. Peut-être suscite-t-elle aussi un peu de jalousie chez quelques professeurs goûtant peu sa spontanéité et ses rapports amicaux avec les élèves.


 Elle donne plus l’impression d’être une grande sœur qu’une enseignante. Je me souviens l’avoir vue jouer au volley dans  la cour avec des massart Ph 1977 élèves de sa classe durant une récréation (classe d’Olivier Lex dit L'exception): on n’avait plus vu pareil comportement au Collège depuis des décennies (je me souviens que le  père Ries, toujours en soutane évidemment, jouait au football avec des élèves quand j’étais en Primaire). Durant sa troisième année, il est clair pour presque tout le monde que l’issue sera favorable, elle sera nommée à coup sûr. C’est d’ailleurs ce que le directeur lui fait comprendre peu avant la date fatidique (elle me l'avait personnellement confié). Et puis patatras! Le P.O. en décide autrement (en 1982, je crois), malgré Delobel qui, à mon avis, était partisan de sa nomination définitive.
C
ela va provoquer un véritable électrochoc dans le milieu de ses amis, qui feront pression comme ils peuvent sur l’autorité du Lex Olivier 80Centre Scolaire, mais la décision sera maintenue contre vents et marées. Claire quittera donc le Collège et se mariera peu de temps plus tard avec un diplomate, ses fréquents déménagements l’empêchant de continuer à enseigner.

A posteriori, je crois qu’on a été très frileux en l’occurrence. Quand on voit la légèreté avec laquelle on a nommé certains collègues, on a plutôt l’impression que la direction a souvent failli dans le sens contraire.

Une autre façon d’évaluer

L’épisode suivant se passe en juin de l’année 1983. Nous sommes dans le grand parloir – aujourd’hui bureau du directeur – pour les délibérations des troisièmes. Nous arrivons aux résultats de sciences d’un élève. Le professeur, tout nouveau licencié en biologie – qualité rare à l’époque, donc personnage important –, énonce très sérieusement les notes de l’examen de juin de Documents-avril-83.jpgcet élève: « 1er: 45/100; très bon élève!» Tout le monde se fige, le regard dirigé vers Delobel qui préside. Celui-ci garde les yeux rivés sur sa feuille et devient blanc…  il va éclater: nous retenons notre souffle! Rien ne se passe. Le directeur encaisse sans sourciller et continue comme si de rien n’était…

Je crois que le collègue en question ne comprendra jamais pourquoi cette anecdote a fait le tour du Collège; je suppose, mais ce n’est
pas certain, que le garçon av ait un bon TJ. Plus tard, je tenterai de rassurer mes collègues titulaires en expliquant qu’il notait sur 70… Je ne dirais pas qu’il a fait pire depuis, mais il est resté égal à lui-même, contre vents et marées. Et pourtant, c’est un homme particulièrement agréable en dehors des cours.


Si je prends ça à la blague aujourd’hui, il faut avouer que ce n’était pas drôle pour les élèves qui faisaient leur
possible.
 En  outre, comme la direction faisait des sciences notre spécificité (un voeu pieux) et que sévissaient aussi dans cette discipline des collègues pas commodes (qu'on disait trop exigeants, à l'époque) comme André Beaupain et Marcel Lepièce, on comprend pourquoi les sciences fortes n’ont jamais été dédoublées dans le cycle supérieur.

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