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publication cercle Emile Coue

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SOUVENIRS (16)

La Chorale du Collège

Je ne suis pas sûr du nom, mais je suis sûr de sa réputation. Cette chorale issue de la messe du samedi à 17h30 à l’église du Sacré-Cœur va grandir petit à petit pour prendre véritablement son envol avec l’arrivée du frère René Maurage dans les années 1970. Comme nous étions des habitués de cette messe, surtout à partir de l’avènement du recteur Lefèbvre, orateur brillant, nous - ma femme et moi - avons assisté à l’éclosion de ce groupe musical, qui a participé très largement au succès de cet office hebdomadaire. Et puis le frère Maurage a profité de sa réputation pour en faire un groupe vivant, autonome, mais une œuvre d’Eglise, avec ses activités charitables.
Je lis dans la Revue des parents de février 1974 qu'ils ont enregistré un disque! Et dans le bulletin de novembre 1974, j'apprends que cette chorale a déjà chanté à 9 reprises pour les 200 détenus de la prison de Verviers. La dernière fois étant pour l’animation de la messe, la veille de la Toussaint. René Maurage en profite pour lancer un appel aux lecteurs pour aider ses choristes dans leur démarche sociale : ils vont offrir un colis de Noël et de Nouvel–An lors de leur prochain passage, la veille de Noël.

          Chorale_SFX_02_avril_1977_0001.jpg
René nous conte en même temps l’histoire peu banale d’un détenu particulièrement touché dans son cœur lors de la prestation de son groupe à la Toussaint : « A la fin de la messe, un détenu s’est mis à pleurer et, rentrant dans sa cellule, il ne pouvait arrêter ses larmes. Durant la nuit, incapable de dormir, tracassé, tourmenté qu’il était, il devait écrire ce qu’il ressentait en lui. »
Je recopie une des deux chants composés par ce personnage. Ce chant est maintenant régulièrement entonné dans nos églises.
                Chorale_SFX_02_avril_1977_0002.jpg
Refrain
Seigneur, pourquoi tu pleures ?
Serait-ce à cause de moi ?

Si c’est de ma faute que tu pleures,
Alors, pardonne-moi.

1. Peut-être ai-je oublié mes prières.
Peut-être est-ce à cause de ma foi
Ou bien, à cause de la terre
Qui ne se soucie plus de toi.
2. Si c’est à cause de la terre
Qui ne pense plus à toi,
Alors, ne t’en fais pas, mon Père,
Crois-moi, un jour elle comprendra.
3. J’ai pillé, j’ai volé,
J’ai renié ma foi.
Mais toi, source de bonté,
Tu m’as déjà pardonné.
 

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L’incurie de l’Education nationale

Lors de mes débuts en septembre 1966, j’étais dans deux écoles différentes. A la fin du mois de septembre, je n’ai pas été payé. Pas vraiment surprenant, on m’avait prévenu: l’Education nationale est une machine très lente à mettre en route. Fin octobre, je reçois mon traitement pour mes prestations au Collège (8 h/semaine), mais rien pour Saint-Michel; bizarre. Le délégué syndical de Saint-Michel m’explique que c’est sans doute parce que je suis dans deux types d’enseignement: le moyen (au Collège) et le technique (commerciales à Saint-Michel); mais il est d’accord que c’est anormal et promet que le syndicat va intervenir. Finalement, j’attendrai stoïquement 6 mois avant d’être payé normalement. Il y avait de quoi perdre patience.

Deux ans d’enseignement, puis je fais mon devoir civique: 12 mois de service militaire, durant lesquels je ne reçois évidemment aucun traitement (tiens, ils s’en sont vite aperçus).

Le 1er septembre 1969, je suis démobilisé depuis un mois quand je reprends à temps plein au Collège. Fin septembre, pas de traitement. Ça recommence. J’alerte mon délégué syndical (Delobel), qui promet d’intervenir. Le Collège est évidemment au courant: Dedeur, le père Econome (ou Ministre?), n’a pas reçu mon listing détaillant mes émoluments. Moins patient qu’il y a 3 ans, à la fin octobre, comme rien n’a bougé, je demande une avance sur traitement au Collège. Légalement, j’ai droit à 80% de mon traitement en attendant que ma situation se régularise. Je sais que ça n’arrange pas les finances de l’école, qui reçoit systématiquement les subsides de fonctionnement en retard, elle aussi. Mais je me dis que ça va les obliger à se remuer pour tenter de faire avancer mon dossier. Il vaut mieux deux soutiens qu’un seul... Dedeur comprend bien ma réaction et décide d’envoyer quelqu’un (il sait qui) à Bruxelles pour secouer le cocotier. L’espoir est mince, mais on ne sait jamais. En attendant, je vis aux crochets de ma femme, qui a la chance de travailler dans le privé. Le franc-tireur volontaire est Joseph Doneux (voir photo ci-desous), surveillant de son état et têtu de surcroît: un défaut qui convient bien à la situation. Doneux me promet qu’il ne reviendra pas bredouille, dût-il loger au ministère! Je ne sais dans quelle mesure l’intervention de Joseph a précipité les choses; je devrai quand même encore prendre patience: notre administration est comme un moteur diesel, lente au démarrage.

En pratique, la question ne sera réglée qu’en février 1970. Ouf! Pourvu que ça dure. Mais je garde une dent contre ce ministère prétendument national, mais royalement désorganisé. J’ai longtemps tenu rancune à l’Education nationale de mon pays.

Le syndicat principautaire dégaine

Comme mon cas est loin d’être isolé et que l’incurie de l’Education nationale est récurrente – ajoutons à cela que les enseignants sont particulièrement mal payés, quand ils le sont –, notre syndicat (qui est une branche de la CSC) fait monter la pression. J’appuie volontiers toute revendication et toute action de mes instances. On parle d’une grève nationale de 3 jours. Je suis partant. N’oublions pas que j’ai attendu 2 fois 6 mois pour que ces messieurs daignent s’occuper de mon cas. Mais comme les instances syndicales ne sont pas tellement mieux organisées que l’Etat, seule la centrale de la province de Liège part en grève, espérant entraîner le reste des troupes: l’esprit principautaire sans doute. Les autres ne bougeront pas.

Nous voilà grévistes durant 3 jours: arrêt des cours qui arrange bien les élèves, puisqu’il allonge d’autant leur congé de Toussaint. On s’aperçoit au Collège qu’il n’y a que les jeunes profs qui marchent dans cette combine. Les Martiny et De Donder ont une autre idée de leur vocation. Pour eux, un enseignant en grève, c’est inconcevable: nous sommes la crème du service public; pensons-nous à nos élèves qui n’ont pas mérité cet abandon? C’est vrai que je n’y ai pas beaucoup pensé, voire pas du tout, obnubilé que je suis par l’incurie de ces ministères qui regorgent de pistonnés politiques. Moi, je ne vois que mon cas personnel, égoïstement. J’ai d’ailleurs dit à mes camarades que s’ils ne marchaient pas, je ferais quand même grève, seul s’il le fallait!
Nous serons encore longtemps considérés comme les chevau-légers de l’inorganisation syndicale.
Je réfléchirai autrement quand j’aurai pris un peu de bouteille.

Un coup bas

Restons dans ce milieu censé défendre nos intérêts professionnels. Quand notre délégué syndical (Delobel), très actif et très bien renseigné en général, est devenu directeur (tiens!) le 1er septembre 1978, il devait normalement démissionner de ses fonctions syndicales et nous devions alors procéder à l’élection de son remplaçant. Ce ne fut pas sa première préoccupation, on peut le comprendre. Après quelques semaines, on l’interpelle à ce sujet, lui expliquant que l’on va procéder à l’élection d’un nouveau représentant; il s’empresse de nous dire qu’il reste syndiqué, étant comme nous membre du personnel et pas du P.O. En attendant, il reste directeur et délégué syndical! Je suppose que c’est unique dans les annales du mouvement syndical. Passant de l’intention à l’action, nous cherchons un candidat délégué et n’en trouvons qu’un seul: Joseph Doneux. Pourquoi pas? C’est un gars qui n’est pas toujours pris au sérieux par les élèves (ils le surnomment Gertrude!) ni par ses collègues, mais c’est un esprit indépendant qui ne se laissera impressionner par personne, et un type qui osera monter au feu si nécessaire. L’élection du seul candidat est une formalité. Quoique... Le syndicat régional, averti de cette élection, nous informe que cette élection est invalidée pour vice de forme! Apprenant cela, on hésite entre le fou rire et la colère. Quand on se rend compte que le syndicat prend les choses très au sérieux, on convoque immédiatement le délégué régional, qui n’est autre qu’André Noirfalise, de Saint-Michel – qui deviendra directeur du premier degré de son école quelque temps plus tard, tiens! – pour tirer cette affaire au clair. Noirfalise vient un jour à 16 h pour nous rencontrer. Tous les syndiqués du Collège sont là, sauf le directeur et Joseph Doneux. Sommé de nous donner les détails de l’affaire pendante, il nous apprend qu’un de nos camarades a déposé réclamation pour défaut d’affichage réglementaire lors de l’appel aux candidats! Je rêve: mon sang ne fait qu’un tour. J’exige alors d’André Noirfalise (ex-collègue de Saint-Michel) qu’il nous dise de qui émane cette subtile réclamation. Noirfalise se tait. Mais, après quelques secondes de tension insoutenable, le coupable rougissant lève un bras hésitant, la tête basse. Je le revois comme si c’était hier. C’est notre préfet de Discipline! Qui, soit dit en passant, ne peut pas voir le surveillant Doneux en peinture. Je crois objectivement qu'il a des raisons professionnelles pour cela: Doneux est difficile (sinon impossible) à diriger. Pour nous, c'est un procédé inadmissible; nous ne sommes pas habitués à ces coups fourrés de basse politique. Quelle tristesse de voir un copain entrer dans ce système!

Nous devons donc recommencer tout le processus, persuadés que Doneux sera élu à l’unanimité, moins la voix du préfet (quid de l’attitude de Delobel, votera ou votera pas? J’ai oublié s’il l’a fait). Mais notre Joseph, profondément dégoûté, n’en voudra plus, plus jamais. Il faut à nouveau trouver des candidats. Après de multiples caucus, on apprend qu’il y a deux candidats officiels: Bernadette Pirotte et Luc Peeters. Je crois que Luc (futur sous-directeur à Don Bosco Liège) est le candidat de la direction, Bernadette Pirotte représentant plutôt le parti de Joseph. Le score est de 50-50 et Peeters est déclaré vainqueur à l’ancienneté (application correcte du règlement en la matière).

Etonnez-vous, après cette magouille de caniveau, que certains, comme moi, aient refusé à tout jamais d’obéir aux mots d’ordre syndicaux et de payer la moindre cotisation à cette organisation abritant de tels «combinards»...

Trente et un ans plus tard, je suis beaucoup moins virulent. Je sais que, comme partout, il y a là des gens honnêtes, et d’autres. Et je ne remets pas en cause l’utilité des syndicats ni leur légitimité, loin de là. Mais le scepticisme et l’amertume l’emportent toujours. Pardonner, oui, oublier, jamais!

 

 

 

Numerus clausus

La mixité fait un tabac au Collège. En 3 ans, on passe d’une rentrée de 80 garçons à 198 filles et garçons. On ne sait plus où mettre tous ces jeunes; il faut engager des profs à tour de bras, en commençant par les réaffectés. Que va devenir l’esprit du Collège? Plusieurs observateurs crient casse-cou. C’est aussi l’avis du Conseil d’administration et  particulièrement du père Dedeckere, président de celui-ci et du P.O. Il faut freiner le mouvement, volontairement: nous nous imposerons unilatéralement un numerus clausus. Ce sera ainsi malgré les réticences du directeur. Cette limite à 165 élèves en première est toujours d’actualité. Je crois que c’est grâce à cela que le Collège connaîtra au moins 20 ans de stabilité bienfaitrice.

La décision d’imposer un numerus clausus dans chaque école libre de Verviers se prendra plus tard.

Reprise des Saints-Anges?

L’école de la rue de Francorchamps connaît une chute spectaculaire dans les rentrées. Refusant d’abord d’ouvrir à la mixité comme les autres écoles libres verviétoises, le directeur Deville, qui partage son temps entre deux écoles, doit bien accepter la coéducation devant la véritable déconfiture qui atteint aussi son personnel enseignant. Ils lanceront en 1981 la fameuse publicité (voir ci-dessous) – trop agressive à mon sens: tant de gens pour épanouir mon gamin, ça ne fait pas famille,  devaient se dire les parents. C'est le moment où ils annoncent l'ouverture de la mixité dans les deux premières années du Rénové: ils essaient vainement de rattraper leur retard. Mais l’hémorragie continue de plus belle. La situation est si grave que le P.O, dépendant des Sœurs de la Charité, se tourne vers les jésuites en désespoir de cause. Pourquoi pas une fusion, mais vite, avec Saint-François-Xavier?
                          





La question n’est pas vraiment étonnante, il y a plusieurs années qu’on parle de rationalisation dans l’enseignement. Le bruit court depuis longtemps que les écoles devront se regrouper dans un esprit d’économie. Sollicité, le père Dedeckere accueille positivement la demande des Sœurs, mais veut d’abord  consulter les forces vives du Collège; encore heureux!

La consultation des enseignants du Collège se passera en trois temps. En premier lieu, le directeur réunira les professeurs élus dans les Conseils d’administration et de direction. Il s’agit du recteur Jean Charlier, de Jean Gillot, de Philippe Dejong, de Marcel Lepièce (à vérifier) et de votre serviteur. Il apparaît rapidement que la fusion pure et simple n’est pas souhaitable pour le Collège: on n’a rien à y gagner, au contraire. Comme notre corps professoral est en moyenne plus jeune que celui des Saints-Anges, en cas de fusion, les premiers à perdre leur emploi (conséquence inévitable du regroupement) seront les jeunes du Collège, puis, dans l’hypothèse réaliste d’une baisse de population scolaire, ce seront les stagiaires et les derniers nommés qui seront les premiers visés, donc d’abord des profs de la rue de Rome.

C’est la dure loi de la priorité à l’ancienneté. Un consensus s’établit rapidement entre nous. On doit dire non à la fusion, mais comment présenter ce refus sans avoir l’air d’abandonner égoïstement nos collègues des Saints-Anges à leur triste sort? C’est la quadrature du cercle. A la fin de la dernière réunion, coup de théâtre: le directeur nous dit qu’il est favorable à la fusion et qu’il l’a toujours été! Devant notre surprise, il prétend s’être abstenu de dévoiler sa préférence pour ne pas nous influencer… Quel culot! Nous en sommes médusés.

Au Conseil de direction, les Parents se prononcent en faveur d’une école fusionnée à condition qu’elle soit dirigée par M. Delobel qui, paraît-il (je n’y étais pas, mais j’ai de bonnes sources), reste silencieux, la tête humblement baissée, au moment de cette suggestion. Son silence est généralement considéré comme un assentiment. Ce cas de figure aura le don de mettre la salle des profs en ébullition. Certains collègues prêtent des intentions mégalomaniaques à notre responsable en chef; on parle de mauvais remake de l’histoire dramatique de l’école des Sœurs. Deville est d’ailleurs généralement désigné comme principal responsable de la débâcle des Saints-Anges. Pourtant, le même phénomène de flux migratoire vers les écoles de garçons lors de l’adoption de la mixité sera constaté pratiquement partout. Ce n’est donc pas une spécificité verviétoise, et encore moins devillesque.

L’argument des fusionnistes est double: chrétiennement parlant, nous ne pouvons pas nous désintéresser d’une école catholique voisine en perdition, il faut que la solidarité joue à plein. Et politiquement, on est quasi certain que la rationalisation va rendre obligatoires les regroupements d’écoles, autant anticiper en choisissant notre partenaire. On pourrait nous imposer une fusion non désirée, dit-on.

Après l’échec patent de la consultation des professeurs élus et la proposition de l’Association de Parents, les autorités viennent informer officiellement le corps professoral sans vraiment le consulter. On se retrouve donc en assemblée plénière au réfectoire des élèves. Réunion mémorable. L’atmosphère est lourde. Le père De Deckere arrive en dernier lieu et prend la parole dans un silence religieux : il nous invite, vu la gravité de la situation – dit-il –  à commencer cette entrevue par un Notre Père! Grosse surprise dans l'assemblée, ce n’était déjà plus dans les habitudes depuis longtemps. Après son plaidoyer pro domo, entendez pour la fusion, largement appuyé par Delobel, la parole est donnée aux profs. Je sais que j’ai un rôle important à jouer: étant alors au Conseil d’administration, j’ai participé de très près aux discussions préliminaires: je me sens investi d’une lourde responsabilité. Il faut que chaque collègue comprenne bien les risques qu’on veut nous faire prendre. Je me lève donc d’emblée, dans un état de stress particulièrement intense, pour exposer le point de vue qui me semble le plus réaliste. J’ai à peine entamé mon laïus que je subis une attaque frontale du directeur, tentant de me disqualifier par un argument ad hominem. L’agression est violente et manifestement préméditée: mon avis est bien connu, il faut me faire taire! Je suis un peu désarçonné par cette manière inhabituelle de Jean-Marie, mais je dois réagir; la meilleure arme, c’est l’humour. Je joue les faux naïfs – comme Philippe Dejong sait si bien le faire – en demandant à Jean-Marie, mais surtout à la cantonade, si je peux continuer sans me faire «engueuler»…Le directeur reprend instantanément son calme et m’engage à poursuivre. Je tâche d’être aussi clair et concis que possible. A la fin des débats, il en ressort que, mis à part quelques belles âmes qui prêchent la solidarité à tout crin, la plupart des intervenants sont de mon avis: non à la fusion! Evidemment, beaucoup de collègues se contentent d’opiner du chef ou se réfugient dans un silence prudent, évitant ainsi de déplaire aux responsables à moins qu’ils ne soient tétanisés par l’ambiance pesante et l’importance de l’enjeu. A l’issue de cette franche confrontation, il n’y aura pas de vote – ce n’était d’ailleurs pas prévu – mais tout le monde sent bien que la fusion ne recueille pas les faveurs du corps professoral de notre vénérable institution, qui a quand même des scrupules à lâcher les Saints-Anges.

La semaine suivante, au Conseil d'administration, on en tirera les conclusions qui s'imposent et on commencera à parler plutôt d'une association, terme assez vague qui risque d'être utilisé pour noyer le poisson, à moins qu'une idée concrète ne se cache derrière.

L’Institut Saint-François-Xavier

La fusion ne se fera pas – au grand soulagement de la grosse majorité des locataires de la rue de Rome – mais un compromis à la belge, particulièrement astucieux, sera proposé: on remplace l’entraîneur de l’équipe en danger et on change le nom du club. Pardon, quittons le monde sportif pour revenir dans le domaine de l’enseignement…libre.  Les jésuites prennent le pouvoir aux Saints-Anges, mais avec une autre Assemblée générale (à très peu de chose près): c’est donc le statu quo au niveau des corps professoraux. Nous resterons deux écoles totalement distinctes quoi qu’on en dise.
Cependant, on commence par remplacer le directeur des Saints-Anges, compatissant,  par le professeur local Jacques Wynants 
(ancien du Collège), délégué syndical comme l’étaient Delobel et Noirfalise, le directeur du degré d’observation de Saint-Michel. Voilà une pratique qui fera florès dans notre réseau. Ensuite, pour bien montrer au public l’étroite parenté (!) entre nos écoles «jésuites», on donne à l’école de la rue de Francorchamps le nom de notre grand saint. Mais nous n’accepterons pas qu’ils utilisent le label Collège quand on parle du Centre Scolaire Saint-François-Xavier. Le Collège, c'est nous et ça doit le rester. Voilà pourquoi l'école secondaire de l’ancienne école des Sœurs s’appelle désormais Institut Saint-François-Xavier 2 (ou SFX 2 et plus tard SFXdeux). Nous devenons par voie de conséquence le
n°1. Il fallait bien ajouter cet appendice numérique pour éviter toute confusion aux gens de l’extérieur, tout en marquant davantage encore la pseudo-connivence entre les deux institutions scolaires.

Ce remaniement somme toute de façade (le changement d’un directeur pratiquement atteint par la limite d’âge étant dans l’ordre des choses) marquera les esprits et sera suffisant pour arrêter l’hémorragie au désormais ex-institut des Saints-Anges. Ne minimisons tout de même pas le fait que le père Longrée, jésuite particulièrement aimé par de nombreux «paroissiens», finira sa carrière professorale rue de Francorchamps: le seul jésuite à avoir jamais fait partie de leur corps enseignant!  Le Collège à Verviers, on doit savoir qu’il n’y en a toujours qu’un seul, c’est nous! Il faut dire qu’à cette époque, on cultive volontiers un certain complexe de supériorité. On n’acceptera donc pas de Collège Saint-François-Xavier 2. Qu'ils gardent le label Institut.
Un observateur un peu cynique pourrait résumer toute l’opération en disant que la Compagnie de Jésus a fait main basse sur une école de renom sans bourse délier. En passant, et sans l'avoir vraiment voulu, ils disposeront d'une école maternelle (une première!) et d'une école primaire supplémentaire. Voilà une façon de voir les choses par trop mercantile. Pour les enseignants des deux écoles, cette solution était manifestement la meilleure. Merci donc au père Dedeckere et aussi à Jean-Marie Delobel, qui a accepté cette idée sans jamais rechigner.

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