Des élèves mis en vedette…
Même si je n’en parle guère, il va de soi que les souvenirs d’un professeur sont remplis de figures, de regards, de paroles, d’attitudes, de rires ou de révoltes, bref de rencontres d’élèves. C’est tellement notre pain quotidien qu’on imagine mal qu’il en soit autrement. Qu’en reste-t-il?
Une grosse partie de soi sans doute, mais impossible à exprimer car essentiellement inconsciente.
Il n’empêche qu’on voudrait se souvenir des enfants qu’on aurait peut-être aimé être ou avoir. Et on
se souvient surtout de ceux qui sont sortis du rang, d’une façon ou d’une autre. Logiquement, je repense d’abord à ceux qui ont mis le Collège en vedette tout en brillant dans des concours extérieurs. Jean-Paul Adam, avec son air de ne pas y toucher, a réussi un sans-faute aux éliminatoires des Championnats nationaux d'orthographe de 1975; ils ne sont que 37 sur 399 dans son cas. Dans les épreuves suivantes aboutissant à la finale - qui
contient aussi des «vacheries» en grammaire et en analyse -, Jean-Paul se concentre sur l'orthographe, son dada, sans être stressé le moins du monde par la compétition. Il y va par pur plaisir. Il deviendra un habitué de cette compétition courtisée par des sommités devenues maniaques de la langue française. (Note du correcteur: il n'ira jamais bien loin dans les éliminatoires finales: son plus beau fait d'armes sera, je crois, un huitième de finale...) Je peux attester de l'excellence de notre ami en orthographe (il en fera son métier) et de sa gentillesse: il s'est proposé spontanément pour relire tous mes Souvenirs ici présents (nous n'en sommes qu'au 23e...): il n'a pas encore fini!
Quand sa maman a reçu le coup de téléphone annonçant son premier succès – elle n'était pas peu fière –, Jean-Paul a enfourché illico sa bécane et a foncé tête baissée à travers Dison vers la rue de Rome pour aller annoncer aux pères (à cette époque on en trouvait à toute heure) la bonne nouvelle. Ils ont fêté ça en ouvrant une bonne bouteille de... limonade!
Patrick Hoffsummer (voir Souvenirs 10bis: Le palmarès), garçon particulièrement timide à l'âge de 13 ans, est passé de 5e LG (titulaire: Joseph Ruwet) en 5e moderne à Noël 1970; avis du Conseil de classe: pas fait pour les humanités anciennes....Il est finalement devenu archéologue! Un grand article du Jour du 13 février 1976 – d'où est tirée la photo ci-jointe – informe qu'il vient de se voir remettre un prix très flatteur, à Bruxelles à l'occasion de sa victoire lors de la finale du concours pour jeunes scientifiques Scientia, qui vise à stimuler la créativité et le goût
de la recherche scientifique. Patrick a reçu en même temps 35.000 FB, qu'il va «probablement consacrer à l'achat de matériel photographique, afin de pouvoir mettre sur le papier tout ce que lui et son équipe, les Compagnons de Franchimont, espèrent découvrir encore durant leurs fouilles des ruines du château». Sélectionné pour le concours international des jeunes chercheurs organisé par Philips Belgique, qui s'est déroulé à Madrid, Patrick va décrocher le deuxième prix (70.000 pesetas - 40.000 FB). Seize pays européens avaient envoyé 32 projets à Madrid où, ce 2 juin 1976, les résultats furent proclamés. Patrick, nouvelle vedette internationale, restera aussi modeste qu'auparavant.
Personne ne peut oublier Charles-Henry Massa, un véritable phénomène. D’une intelligence et d’une culture époustouflantes.
Charles-Henry deviendra une vedette de la TV grâce à ses prestations flamboyantes lors des émissions de Génies en herbe. Mais c’est toute l’équipe du Collège qui réussira un parcours exceptionnel dans ce concours médiatique francophone qui se terminera au Canada sur une brillante 2e place, échouant de peu derrière le Sénégal.
L’équipe du Collège de 1994 est composée de 4 garçons auxquels j’ai eu le plaisir de donner cours. Trois élèves de Rhéto: Fabien Boniver, Charles-Henri Massa, Phu Pham et un élève de 5e: Pierre Stangherlin . C’est la dream team. Elle a f
ait rêver toute la région verviétoise et même au-delà.
Ça me rappelle la première fois que j’ai entendu un de ses copains interpeller Pham en lui lançant un surprenant et particulièrement choquant
«fou»! En réalité, c’était la prononciation de son prénom: Phu. Remarquons que ces 4 garçons, dotés d’une impressionnante culture générale, sont aussi de brillants éléments en maths.
L’année suivante, Don Bosco de Woluwé-Saint-Lambert prendra sa revanche en nous battant en finale belge malgré
l’expérience de Pierre Stangherlin.
Nous aurons encore une excellente équipe quelques années plus tard qui sera déclassée pour une sombre affaire de parenté d’un élève avec un membre du personnel de la RTBF. J'en reparlerai (voir les articles 115 et 116) L’effet publicitaire sera pour la première fois très négatif: Le Jour, en particulier, ne rate pas l’occasion de nous égratigner. Mais qu’est-ce qu’il a contre le Collège, ce quotidien local? (Voir Souvenirs 116 - 14)
N’oublions pas que le Collège avait déjà brillé dans l’émission A vos marques de Robert Frère. Nous avons atteint deux fois la finale de ce concours télévisuel. La première fois, nous avons d'abord été déclarés battus (sur la Warche!) à Malmedy, en demi-finale (mai 1970).
L'équipe est formée de Georges Lambert (6eLat.), Philippe Dechambre (4LG) et Jean-Pierre Dejace (Rh. LG 70), que j’ai eu en classe lors de mon baptême du feu en 1966-67.
Défaite amère d'autant plus que nos adversaires, dit-on, n'auraient pas été très corrects. Tant pis!
Ma mémoire n'a pas retenu que cette demi-finale avait été annulée par les organisateurs, le Crédit Communal et la RTB.
«Elle [la demi-finale] n’avait pu se disputer dans des conditions indiscutables, témoin la dernière question – celle du calcul mental – où les équipes avaient bénéficié d’un temps de réflexion inégal.» (Revue du mois d’avril 1970). Le 17 avril, "notre équipe se retrouve, à huis clos, devant le
tapis vert, dans un studio privé de la RTB, face à ses deux rivales de Malmedy, pour en sortir victorieuse, avec 84 points contre 82 aux Jouvencelles d'Auderghem et 79 aux "Suffragettes" de Namur."
En finale et en direct – déjà au Sart-Tilman – , nous fûmes battus, mais pas ridicules.
La seconde fois, la finale s’est passée en 1976 au Sart-Tilman. J’avais coaché Albert Thiry (Rh. Sc.B 1976) – je l’avais eu en 5e moderne – avec beaucoup d’enthousiasme dans sa préparation sur deux thèmes politiques choisis par mes soins, pour la partie journalisme: le XXIIe congrès du parti communiste français et la CSC. Il échoua de justesse en finale. Jean-Marie Delobel (titulaire de Thiry) et moi sommes toujours persuadés qu’on a outrageusement favorisé la jeunesse du futur vainqueur: Thiry avait montré une maturité et une connaissance de son sujet qui auraient dû le voir consacré.
En course à pied aussi, nous avions nos chances. Nos sprinters s'étaient qualifiés pour la finale. En individuel,
Bruno Malvaux, notre meilleur sprinter, termina 4e (pas mal), mais c'est dans le relais que nous avions le plus d'espoir. Hélas! ce même Malvaux, pourtant très concentré comme d'habitude, manqua son passage de témoin au grand désappointement de Joseph Doneux, qui s'était occupé de leur préparation. Malgré cet incident, SFX terminait à une honorable 4e: on ratait donc le podium d'un cheveu deux fois en une après-midi.
Joseph se montrait dans ces cas-là
nettement plus efficace que dans la cour.
La photo ci-jointe est prise lors de la finale au Sart-Tilman: en mai 1976; Juan Franco est à la droite de Delobel).
A vos marques proposait 8 épreuves différentes et on était en finale pour 3 de celles-ci: bravo!, mais pas de vainqueur...
Pour le cinéma et la musique, voir Souvenirs 12-4.
Et puis ce sont les années euphoriques de Génies en herbe avec plusieurs qualifications enthousiasmantes, une finale perdue, puis le sommet dont je viens de parler.
Je n’ai pas gardé en mémoire les beaux succès du Tournoi d’éloquence à Spa, je regrette aujourd’hui de n’y être jamais allé; j’ai le sentiment d’avoir raté quelque chose, moi qui suis encore aujourd’hui, après 4 ans de pension, un véritable fan du Collège Saint-François-Xavier. J'ai du mal à dire SFXun. Evidemment, ces concours n’ont pas le retentissement national de Génies en herbe ou des Olympiades de maths.
Rappelons la performance unique dans les annales du Centre Scolaire SFX de Xavier Bemelmans,
qui remporta brillamment la finale Mini (cycle inférieur) des Olympiades de maths (belges) et un voyage aux Etats-Unis en prime. Il y alla accompagné de toute sa famille, qui choisit ce grand pays comme destination de vacances. Dans cette discipline, c’est Pierre Gramme qui aura été le plus couronné, puisqu’il est allé en finale
internationale à Séoul (Corée du Sud) où il a terminé médaillé de bronze et premier des Belges francophones. Pierre est un garçon particulièrement serviable et modeste malgré ses dons exceptionnels.
J’ai la chance d’avoir conservé les photocopies des bulletins d’une classe de 4e comprenant justement un des fameux «génies». Je ne crois pas utile ni souhaitable d'en montrer la photocopie, ça doit rester de l'ordre du privé. Sachez que les TB étaient, à une exception près, la note habituelle.
Le 7 mars 1982, Michel Jaspar (6LG), accessoirement neveu du père Jaspar, remporte le fameux d'éloquence du Lion's club de Spa.
En 1985, c'est au tour de José-Benjamin Longrée
(6LG). En 1994, Charles-Henry Massa gagne le tournoi en parlant de... mathématiques! Et en 2002 c'est Louis Culot qui a remporté la palme.

En 1983, au concours de dissertation de l'Union de la Résistance, Eric Bastings (6LS), garçon très réservé et même modeste, s'est classé premier. 
Je viens de m'apercevoir (fin 2010) qu'un de mes anciens élèves est mis épisodiquement en vedette par la presse locale. Je m'en voudrais d'oublier Guy Buchsenschmidt (quel handicap un nom pareil!), le plus petit de la classe de 5LM (titulaire: le père Ernotte) en 1969-70, un peu plus costaud en 2 L-S. Je me rappelle en particulier les visites de son papa-poule, que j'ai curieusement retrouvé lors d'une exposition de peinture à Chanteloup. Il exposait ses oeuvres juste à côté de Raymond Gaillard, peintre paysagiste amateur. En fait, il s'agissait d'une exposition annuelle réservée aux artistes stembertois! Cela me rappelle que j'ai mis en valeur, dans mon hall, une oeuvre de mon collègue représentant un coin de Fagnes: je ne m'en lasse pas.
Entre-temps le fiston, qui avait l'habitude de se tenir très droit sur son banc, l'esprit toujours en éveil, a fait une remarquable carrière militaire. En 2008, il est promu général-major de l'armée belge et en 2011 chef d'état-major de l'Eurocorps. Quand on sait comme c'est difficile pour un francophone d'atteindre les sommets de la hiérarchie militaire, il faut saluer l'exploit de ce garçon, qui a sans doute perdu le complexe du petit.
…et d’autres
En 6e Moderne, Marcel Uemmels, garçon simple, toujours de bonne humeur et conscient de ses limites, se croit grand copain de Jean Arnould, qui ne fait rien
pour l’en dissuader. Comme il passe tous les jours devant chez Jean, il en profite pour attirer son attention et lui lancer un joyeux «Hello, Mister Arnould!». En outre, Marcel, membre d’une fanfare, nous a fait le plaisir de jouer de la trompette en classe, à la plus grande joie de ses condisciples et des professeurs (Gillot et moi) qui n’ont a
pas raté l’occasion de le mettre ainsi en valeur.
Pierre Nicolay (en 1re) est obsédé par l’heure. C’est ainsi qu’il vérifie l’heure des sonneries ou encore les moments où le professeur annonce: «Attention, je ramasse les feuilles dans 3 minutes.» Si je dépasse ce timing de 20 secondes (par exemple), on l’entend grommeler entre ses dents «20 secondes de retard»! C'est le même Nicolay - assez naïf à l'époque – qui fera croire, de bonne foi, à l'imminence d'un match de boxe entre profs lors d'une fancy fair.
Incontestablement, le garçon le plus brillant que j’aie rencontré en début de carrière est Pierre François (toujours directeur du Standard de Liège en cette année 2010). J’ai l
e privilège de l’avoir 2 fois: en 6e Latine A (chez M. Martiny) et en 4e Latin-Grec (chez M. De Donder) en 1969. Pierre était toujours prêt à répondre à vos questions ou à en poser d’autres pour approfondir le cours; toujours le plus rapide sur le ballon. Perfectionniste, il ne se contentait que du maximum! Dans la même classe se trouvait Roger Ortmans, presque aussi fort que son copain, mais beaucoup plus discret et fort gentil. Philippe Stollenberg, excellent basketteur
(comme ses deux frères, était dans la fameuse 4e de Joseph Ruwet de 33 élèves, lors de l'année scolaire 1969-70. Pas très motivé, il avait des centres d’intérêt ailleurs. Il écopa d’un examen de passage en maths. Fort de l’accord du père de Lannoy – normalement, on ne peut pas donner de cours particuliers à ses élèves sans
autorisation explicite de la direction –, j’accepte la demande de M. Stollenberg pour des cours particuliers pendant les vacances. Philippe revient de la mer, où ses parents sont en vacances, uniquement pour recevoir son heure de cours – en réalité, il en profite pour voir sa petite copine, qui l’attend près de chez moi. Le pauvre Philippe s’est quand même fait buser en maths. Je trouve que j’étais culotté à cette époque, mais honnête d'abord, c'est ça le plus important. J’ai par contre été très embêté lors d’une réunion de parents d’élèves de 6e Latine (en 1973); réunion qui recueille un franc succès. Subitement, une maman (Mme Collin) me demande pourquoi je frappe son fils… Estomaqué par cette attaque ad hominem particulièrement inattendue, je réponds très franchement que je n’ai jamais giflé aucun élève de ma vie (ni alors, ni plus tard). Je suis
immédiatement contré par Mme Noblet, disant que son fils Jean-Claude – garçon particulièrement taiseux et même un peu timide (revu avec plaisir en mai 2010 à Tancrémont) – peut témoigner des faits relatés: je me sens de plus en plus mal. Je sais que je n'ai jamais frappé un élève, mais qu’ai-je donc fait qui puisse être interprété par ces jeunes élèves comme un coup volontaire? Je nie à nouveau, proclamant mon innocence avec vigueur. Il n’empêche, j’ai l’impression que les autres parents présents ont tendance à croire la maman de Stéphane Collin. Celui-ci va se faire renvoyer quelques années plus tard (avec Philippe Favart, en 1977) pour délit de graffiti sur les murs du tout nouveau bâtiment du Collège. Pour que ce soit bien clair, je jure que je n'ai jamais frappé aucun élève!
Didier Lamalle est un garçon particulièrement studieux et attentif. A mes yeux, il n’a qu’un défaut: avoir les cheveux longs à une époque où cette mode était l’apanage des loubards et de… Guy Gilbert. Je me suis un peu moqué de la chevelure de Didier, et j’ai même bêtement (je l’avoue) suggéré aux autres de lui tirer les cheveux pour l’engager à visiter rapidement son coiffeur. Mal m’en prit, car ses copains mirent ma suggestion à exécution. Didier n’est pas allé trouver son coiffeur, mais j’ai reçu une lettre du garçon, manifestement dictée par le papa,
m’expliquant que cette coupe de cheveux est, dans le fond, un choix personnel qui n’a rien d’agressif à mon égard. Le recteur Capelle, très copain avec le père, m’en parle gentiment en me signalant que le père a exactement la même coiffure que son rejeton ! J’ai fait marche arrière en demandant à la classe d’arrêter de persécuter le brave Didier qui est devenu, quelques années plus tard, mon ophtalmologue.
Continuons avec des gens de la Faculté. Marc Magnée était constamment stressé à mon cours de 3LM. Il n’avait pas l’air d’y comprendre grand-chose, mais il était très appliqué et très travailleur. Sa maman est venue implorer son titulaire (moi) à la réunion de parents de début d’année pour que je ne le fasse pas redescendre de classe! Raison invoquée: en 5LM, il tomberait à nouveau sur le père Ernotte, vous comprenez, M. Janssen… Ce temps où on faisait redescendre de classe étant largement révolu, je rassurai la dame en question, tout en ajoutant que le pronostic pour la réussite de son fils était très réservé. Madame Magnée alluma une nouvelle cigarette toute rassérénée. Contre toute attente, Marc s’en sortit tout juste en fin d’année et il fit le même coup jusqu’à la rhéto. C’est maintenant un cardiologue réputé sur la place de Verviers: il est devenu un exemple de persévérance que j’ai souvent utilisé devant des parents désespérés.
Dans cette même classe de 3LM (1980-81), j'avais demandé à Denis Ortmans, le plus matheux du groupe et le plus souriant, de coacher (comme on dit maintenant) Marc Magnée (justement). Denis s'en souvient encore 30 ans plus tard. Sentant que ce garçon devait pousser davantage les maths, je lui ai conseillé de continuer dans cette section, donc de s'expatrier à Saint-Michel, ce qu'il a fait avec un autre «prédestiné », Etienne Van Bossche. Personne ne l'a regretté. Sur la photo ci-jointe, ces deux compères encadrent Alex Bruwier.
En remettant les interrogations aux élèves, du temps où on appelait encore les élèves par leur nom de famille, j’avais pris l’habitude de proclamer les points de chacun. Un jour, je me suis entendu dire chaussette pour indiquer à l’élève Schauss qu’il avait obtenu 7 (sur 20): Schauss sept! Les élèves n’ont rien remarqué, obnubilés sans doute par leur résultat personnel.
Je me rappelle aussi un certain Germain qui, le premier jour de l’année en 4e (dans la classe qu’on appelait par dérision la classe des Prix Nobel), me regardait comme un sphinx, silencieux, imperturbable. Quand j’ai dicté un problème aux élèves (oui, le premier jour, pour les motiver), il a continué à me regarder, fasciné ou complètement absent, sans prendre la moindre note. Voyant son air bizarre, pour ne pas le traumatiser si tôt dans l’année et pour ne pas distraire les autres qui s’activaient sous ma dictée, je lui fais signe de la main pour qu’il sorte de ses rêves puis, toujours par signes, je lui fais comprendre qu’il serait bon qu’il prenne de quoi écrire. Enfin, car il répondait au coup par coup, je lui fais comprendre qu’il doit se mette au travail. Aucun autre élève ne s’est aperçu de cette conversation de sourds-muets.
En 1981, après avoir été à un recyclage à Saint-Barthélemy à Liège où
l’animateur préconisait de jouer au master mind en classe, jeu essentiellement basé sur la logique, je me suis lancé dans cette activité en 2LG, très bonne classe dans laquelle brillait
particulièrement le gentil Pierre Ledoyen. J’avais bien préparé mes coups pour susciter l’intérêt et mettre en valeur le raisonnement. Heureusement pour moi, car je me suis vite aperçu qu’à ce jeu de société, Pierre (revu à une réunion d'anciens en 2008) était plus fort que moi!
Durant le Gospel 1993, une classe de deuxième, qui avait vu le spectacle le vendredi matin, terminait la semaine avec moi. On s’était mis d’accord avec les élèves (habituellement, je ne leur demandais pas leur avis) pour maintenir l’interro hebdomadaire au vendredi plutôt que de la reporter au lundi suivant. J’arrive donc, sûr de mon fait, et je fais distribuer les feuilles d’interro. Surprise: personne ne prend de quoi écrire! Je reste interloqué quelques secondes, puis je comprends qu’il s’agit d’un mouvement de grève. J’avais déjà vécu la même situation quand j’étais élève en 3LG à St-Bar, je m’en souviens fort bien. L’essentiel, dans ces cas-là, c’est de trouver le meneur, un garçon à la forte personnalité. J’ai ma petite idée… Je rappelle aux élèves – à tout hasard – qu’il ne faut pas perdre de temps, car l’interro est assez longue. Il ne se passe rien, ou plutôt si, plusieurs se retournent subrepticement vers le fond de la classe et plus précisément vers Jean-Philippe Thonnart, qui fait l’innocent (fort bien d’ailleurs: il a du talent!). Je trouve rapidement la
parade: j’interdis à quiconque de se retourner et je rappelle qu’une feuille blanche est un zéro assuré, quel que soit le nombre de grévistes. J’attends, faussement décontracté – je joue mon petit Thonnart – que le premier élève, n’étant plus très sûr de la solidarité des autres (il ne pouvait plus se retourner), se résigne à prendre un bic. Il pourra toujours dire qu’il n’était pas le premier… Ça ne traîne pas, j’exulte en silence… On n’en reparlera que des années plus tard, quand Jean-Philippe, devenu mon collègue, avouera son forfait.
Dans une autre classe de 2e, la même année 1993, j'avais beaucoup de plaisir à rencontrer plusieurs élèves très motivés, en particulier les 2 filles dont je parle ci-dessous. Mais je me souviens aussi d'un garçon spécialement rêveur: Sébastien Haciane. Ce jour-là, j'avais réussi à capter l'attention de tous pour expliquer un passage important du cours quand, tout à coup, Sébastien se lève précipitamment pour aller... arroser les plantes vertes et les fleurs sur l'appui de fenêtre! L'appel irrésistible de la nature... florale. Je me suis tu l'espace d'un instant, les autres élèves ont retenu leur souffle, puis tout le monde a éclaté de rire à la grande surprise de notre ami Sébastien.
J’ai beaucoup apprécié une élève comme Sophie Lorquet que j’ai qualifiée dans son bulletin d’élève modèle: agréable, gentille, généreuse, sociable, attentive aux autres, intelligente et travailleuse. J’ai eu la chance d’avoir Sophie 3 ans d’affilée (de 1993 à 1996) comme sa copine Géraldine Detry (tout aussi charmante). 
Mais dans la même classe, j’ai dû subir en début
d'année les caprices de Morgan Leidgens, fils de Vincent, un ancien élève que j’avais eu à St-Michel en 1re Commerciale en 1966, et frère de Brice, garçons sans problèmes, eux. Je fis part de mon exaspération à la maman de Morgan (surtout ne prononcez pas la deuxième syllabe à l'anglaise comme dans Reagan, mais bien comme
dans mordant, sinon Morgan vous fusillera des yeux...) en lui disant que je n’allais pas garder un énergumène pareil toute l’année. Elle était très attristée, me confiant, désespérée, qu’on lui disait la même chose depuis l’école maternelle! Morgan s’est un peu calmé après, et j’ai mis un peu d’eau dans mon vin. Dans le fond, c’est un gentil garçon qui s’est révélé très coopérant en retraite, comme son frère Brice d’ailleurs. Dans la même veine, Alice Garcia m’a littéralement excédé tout
au long de la 4e, mettant à mal tous mes trésors de patience: bavarde, sans gêne, distraite, avachie sur son banc et constamment à la limite de l’impolitesse quand je la réprimandais. Interrogé au sujet de son orientation en maths, je lui dis assez sèchement que, si elle avait sans doute les aptitudes suffisantes pour aborder un cours à 6h/semaine, son attitude au cours était un obstacle déterminant. J’espérais faire mouche. Vexée sans doute, en tout cas très motivée, elle est venue justement en maths fortes dans la 5e où je sévissais. Elle a été charmante – méconnaissable! – pratiquement tout au long de l’année. Et elle m’a même positivement impressionné en retraite, j’en reparlerai.
En 2002, un jeudi à 13h20, je donne cours en 5B (maths 4h), classe d’Anne Longrée. Je suis d’abord surpris qu’un élève arrive au cours casqué comme s'il ne s'était pas aperçu qu'il avait quitté sa moto. Après une sévère mise en garde de ma part, Anthony enlève son casque tout heureux d’avoir attiré l’attention des copains. Il est dans un état bizarre, hilare comme jamais. Un peu plus tard, j’entends du bruit dans le fond de la
classe: Anthony se balançant sur sa chaise avait oublié que le mur était à plus d’un mètre derrière lui: boum! les quatre fers en l’air. Toute la classe s’esclaffe. Je lui dis alors, ironiquement, que c’est dommage qu’il n’a pas gardé son casque, il le remet séance tenante, l’animal! Le lendemain, je crois, c’est le jour prévu de la Saint-Nicolas, mais celle-ci est supprimée en raison du suicide de la malheureuse Lucie. Les rhétos ont quand même suspension des cours (pas congé!) l’après-midi. Frustrés, la plupart des
cinquièmes brossent la dernière heure. C’est justement le moment où je vais en 5B. Je n’ai que 3 élèves présents (3 garçons) dont l’inénarrable Anthony qui est manifestement dans un état second (encore!). A un moment donné, un copain sort pour aller aux toilettes: il ne m’en reste plus que deux. Puis Anthony sort à son tour en me disant qu’il va donner un coup de main à son pote, sans doute malade. Il lui faudra un certain temps parce que lui aussi va remettre son dîner dans les toilettes. Je me suis donc retrouvé en tête à tête avec un antialcoolique convaincu –- et champion d'échecs –-, qui se demandait, comme moi, pourquoi les deux autres n’avaient pas brossé le cours.
Il reste encore beaucoup d'autres élèves, en particulier de mes dernières 5es, dont j'ai envie de parler (en bien). Je le ferai plus tard: il faut garder le suspense...