publication cercle Emile Coue
Et pourtant
Même si la profession est suffisamment variée pour éviter la sclérose, certains événements ont le don de vous «remotiver». J’en ai connu quatre sur un laps de temps assez court.
Tout d’abord, dans les années 1980, le directeur Delobel lance l’idée des groupes de branches: l’ensemble des professeurs d’une même discipline forment une équipe animée par un de ses membres qui portera le titre de coordinateur. Ces équipes bénéficieront d’une heure de fourche commune pour y placer la réunion hebdomadaire. Je suis choisi par mes pairs pour assumer ce service; rôle que je vais prendre très au sérieux dès le début.

Photo de 2002 : Jean-Marc Charette, Bernadette Mignot, Jean-Marie Merken, Jean Janssen, Bernadette Pirotte, Jean-Luc Goffin, Véronique Rouwette, René Trokay, Henri Leclercq et Eric Dethier.
Cette fonction m’a naturellement poussé à revoir mes cours et parfois les cours d’autres classes avec un regard nouveau qui permet d’en parler ou d’en débattre en équipe. Certains chapitres sont ainsi remis en perspective: quels sont les prérequis attendus, que posent-ils comme difficultés pratiques, comment faire pour que les notions abordées en l’occurrence soient utilisables le cas échéant? On étudiera aussi par sous-groupes de profs d’un même niveau (toutes les 3es par exemple) la façon d’interroger nos élèves lors des examens. Cette étude sera tellement pratique que l’on arrivera à composer des examens communs pour toutes les classes parallèles. Cet objectif réalisé par tous les professeurs donnant cours dans les quatre premières années du secondaire fonctionne encore aujourd’hui. Voilà un gage d’unité qui rapprochera évidemment les différents points de vue généralement envisagés. C’est en pratique la plus grosse réalisation de ces travaux d’équipe, créés aussi pour souder l’ensemble des profs de maths qui forme, j’en suis témoin, un excellent groupe dans lequel le mot tension n’a pas sa place. J’ai regretté que l’on ne traite pas plus en profondeur la philosophie de certaines notions ou la manière d’aborder certains chapitres, mais les esprits n’étaient pas prêts. Nous avons tout de même gagné une facilité de communication entre nous bénéfique aux élèves. Notre groupe était tellement cohérent que nous ne craignions pas de délocaliser de temps à autre les réunions hebdomadaires vers un bistrot accueillant de la rue de Rome. Entre autres pour y fêter les anniversaires, moments privilégiés de rapprochement humain. Ce rôle de coordinateur que j’ai assumé jusqu’en 2002 (je crois) m’a donné un nouveau souffle pour la préparation de mes cours, qui ne seront donc jamais figés. Je les ai remaniés, au moins partiellement, d’année en année jusqu’à la fin.
La troisième étape de mon renouveau professionnel sera déclenchée en 1989 par mon passage progressif dans le cycle supérieur. J’y donnerai d’abord un seul cours de 4 h/semaine en 4D.
Au-dessus: Stéphanie Ernst (fille de Léon), Corentin Dubucq, Cédric Grutman, Marie-Hélène Malmendier, Isabelle Serpe, Tania Faniel, Jean-Michel Martin, Cynthia Jehin, Sébastien Jancloes, Eric Wynants (fils de Jacques, ancien du Collège et directeur des Saints-Anges), Catherine Ernens (future journaliste) et Charles-Henry Jacques.
2e rang: Evelyne Favart, Laurence Hamès, Marie-Catherine Demolin, Bénédicte Magerat, Valérie Dohogne, Sophie Bertrand et Geneviève TRISTANT.
Devant: Christophe Jardon, Lionel Grand, Jérôme Thimister, Raphaël Degey (très actif chez les Anciens, en particulier comme collaborateur de "La Toque"), Dominic Stockwell et François-Xavier Groulard (fils de Bruno qui était en primaire avec moi).
Une classe sympathique de 24 élèves. Me voilà tenu de préparer un nouveau cours – ce qui me ravit – et obligé de découvrir des élèves de 15 ans, ce qui n’est pas pour me déplaire non plus. Et du coup, je fréquente des profs que je ne rencontre jamais dans les conseils de classe de l’inférieur. Ce changement sera radical et ma motivation encore renforcée quand, en 2000, j’aurai tous mes cours au supérieur.
Enfin, la fonction de coordinateur en maths va me pousser tout naturellement à participer à un nouveau groupe interécoles jésuite dirigé par notre inspectrice Mme Schneider, professeur à Saint-Michel Bruxelles et aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur. Ce groupe comprenait donc un coordinateur de maths de chacun des 8 collèges de la province jésuite. Cette équipe de 9 profs de maths, rapidement soudée, se réunit tous les quinze jours durant 3 heures à Namur. Notre premier travail sera d’organiser une enquête auprès des profs de math pour connaître le domaine le plus en souffrance dans leurs cours. Il apparaît que c’est la géométrie. Ce n’est pas une surprise pour les anciens comme moi, formés aux mathématiques traditionnelles où la géométrie occupait environ la moitié du temps alors que presque tous mes cadets (au moins 2 ans plus jeunes) ont tous commencé à donner cours en maths modernes, qui donnent un espace restreint à la géométrie. Pis, les jeunes profs n’ont connu dans le Secondaire que les maths modernes, qui ramènent donc la géométrie à la portion congrue. Tous ces pauvres matheux seront en général mal à l’aise quand on décide en haut lieu de refaire de la géométrie sérieuse, bien structurée et rigoureusement argumentée. Pour répondre d’une façon efficace à l’attente de nos jeunes collègues, nous reprenons l’étude systématique du programme de géométrie en commençant évidemment par le début, soit les cours de première. Mais nous cherchons une idée originale pour que l’édifice tienne ensemble, une sorte de fil conducteur. Nous ne sommes pas peu fiers d’avoir trouvé ce nouveau sésame: les ombres solaires de figures planes. En pratique, l’inspectrice rédige une synthèse de notre réunion de travail du mercredi qu’elle envoie à tous nos collègues de mathématiques.