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publication cercle Emile Coue

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SOUVENIRS (30)

COJEREM

C’est le nom que notre groupe de coordinateurs de maths des écoles jésuites va se donner, il provient de COllèges JEsuites Réflexion sur l’Enseignement des Mathématiques.

 

Mes collègues féminines outre notre chef, Maggy Schneider (photo ci-dessus, prise en 2009, comme toutes les autres de cette page) sont Colette Kaise du Sacré-Coeur de  Charleroi (à gauche), Hilda Rosseel de Saint-Paul à Godinne (à droite), Véronique Blanquet de Saint-Stanislas à Mons
et Béatrice Cloquet (ci-dessous) de Saint-Michel à Bruxelles. Je dois dire qu’elles étaient toutes très sympat
hiques et pas prétentieuses pour un sou. Du côté des messieurs, on aura d’abord deux collègues qui ne feront qu’une brève apparition, démissionnant respectivement pour raisons de santé et de promotion. Ils sont remplacés illico.
B-atrice.jpg

Finalement, on retrouve dans ce groupe l’étonnant J
ulien Jeunechamps (à droite), de Saint-Servais, professeur de religion dans sa classe et animateur de la retraite annuelle de celle-ci (il faut le faire!), qui se complaît dans des jeux de mots souvent subtils, mais rarement compréhensibles: il parle tellement vite qu’on a de la peine à saisir ses propos du premier coup, on est donc obligé de lui faire systématiquement répéter. C'est gênant et même fatigant à la longue; mais il se bonifie avec le temps. Il lui sera beaucoup pardonné pour sa participation joyeuse et sa persévérance. Et pour ses aptitudes mathématiques, qu’il entretient tout particulièrement dans ses cours de Spéciale-Math. Père de quatre fils qu'il appelle par numéros, époux d'une prof de maths du Supérieur, Julien est notre recours en cas de complication extrême. Grand travailleur devant l'Eternel, il oublie régulièrement les notes qu'il fignole avec amour. Liégeois indécrottable.

André-Marie Genevroix (ci-contre) vient du collège Notre-Dame de la Paix (Erpent), il habite la porte à côté des Facultés où on se réunit habituellement, mais il est systématiquement 5 minutes en retard. Son arrivée est régulièrement l’objet de boutades qui ne l’empêcheront jamais de récidiver, même lors des soupers festifs. Il deviendra surtout célèbre dans notre cercle pour l’Apéritif de Namur, piquette imbuvable sûrement gagnée lors d’une tombola minable, qu’il avait fièrement apportée lors d’une petite fête intime. Garçon particulièrement sympathique et pas du tout envahissant.
Marc Struckmeyer (dit Struc - photo de droite) de SFX2 est un vieux copain (il a enseigné quelques mois au Collège SFX comme intérimaire
en particulier en religion et a joué au football au REFC Lambermontois, mon club). Nous ferons ensemble du covoiturage très écologique. Marc, c’est la joie personnifiée, toujours le sourire aux lèvres et le rire aux aguets. En outre, il respire la franchise. Un gars comme je les aime. Nous formons un duo particulièrement allergique aux élucubrations précieuses et aux envolées prétentieuses.
Inutile de vous dire que l’ambiance est excellente lors de ces réunions namuroises. Ce qui ne nous a jamais empêchés de travailler sérieusement. Travailler sérieusement sans jamais se prendre au sérieux aurait pu être la devise du COJEREM.
Maggy se mettra rapidement au diapason de ses joyeux administrés: pouvait-elle faire autrement? Mine de rien, avec ses airs de sainte-nitouche,
elle nous embrigade dans des organisations imprévisibles. Nous nous retrouverons successivement, à l’insu de notre plein gré, étudiants, chercheurs, formateurs ou animateurs de recyclages et enfin auteurs de manuels scolaires. Du très grand art de la part de cette fausse modeste au sourire enjôleur!

Mais revenons au début de cette expérience. Ayant remarqué que le bimensuel de l’inspectrice destiné à toute la communauté mathématique jésuite (émanation de nos cogitations du jeudi) n’est pas fort lu par ses destinataires, nous (en réalité, Maggy) choisissons une autre technique de communication: nous organiserons des recyclages pour rencontrer de vive voix les collègues intéressés ou... obligés. Là, l’inspectrice nous mouille jusqu’au coup, nous devrons chacun présenter un chapitre. J’ai le lourd privilège d’inaugurer ces activités à Arlon en abordant, avec ma collègue de Godinne (St-Paul) Hilda Rosseel, le public du Congrès des profs de math de la partie francophone du pays (SBPM), pas moins! Nous avons tous les deux le trouillomètre à zéro, mais nous nous en sortons plus qu’honorablement.
Pourtant, je faillis être déconcentré par un homme d'âge mûr, placé au premier banc, face à moi, et qui est resté comme un sphinx, les yeux fermés, tout au long de mon exposé. Dormait-il (ou entamait-il la digestion d'un trop copieux dîner?) ou se désintéressait-il ostensiblement de mes propos, et tout particulièrement des transparents que je projetais sur un écran? J'ai hésité à frapper bruyamment sur la table pour le réveiller, ce que j'aurais fait sans aucun doute en classe. Renseignements pris, il s'agissait de l'ancien président de la SBPM, toujours très actif, mais...  aveugle!

En pratique, nous innovons en présentant une approche des lieux
  géométriques jamais utilisée telle quelle auparavant. Nous allons faire une tournée de recyclages sur la géométrie qui nous mènera de Marche à Mons (Saint-Stanislas) en passant par Louvain-la-Neuve, Namur, Liège et Verviers. Ces recyclages sont toujours ouverts aux écoles non jésuites: on est missionnaire ou on ne l'est pas!
Le public le plus sympathique est celui de Marche, mais c'était aussi très gai à Mons, et le plus désagréable, et de loin ! celui de Liège: de véritables poildecuteurs, entraînés par un champion toutes catégories du nom de Bastin, auteur de manuels.

Je suis aussi allé porter la bonne parole à Tihange, lors d'un recyclage organisé par la SBPM. Je me suis quasi fait irradier par l'assemblée lorsque j'ai émis des doutes sur la valeur formative du logiciel CABRI-géomètre: les participants venaient (à mon insu) d'assister à une démonstration éblouissante d'un chaud partisan de ce logiciel. Il leur en avait mis plein la vue. C'est dur d'être tout seul de son avis!

Lorsque nous nous présentons en force dans notre Collège Saint-François-Xavier, nous venons d’avoir comme ministre de l’Enseignement le signore Di Rupo (à gauche, toute!), surtout célèbre par son nœud papillon. Marc Struckmeyer, représentant de SFX2 au COJEREM, et moi suggérons malicieusement que chaque intervenant masculin (nous sommes 4) se présente en nœud papillon. Comme je suis le premier à parler, j’informe l'auditoire que cet attribut vestimentaire est porté en signe de remerciement à notre nouveau ministre qui nous fait l’honneur d’assister en personne à notre recyclage, en tout cas durant l’après-midi. Inutile de dire que mes collègues du Collège, me connaissant, n’en ont pas cru un mot; mais les autres se posaient des questions durant le temps de midi, trouvant quand même étonnant qu’un ministre socialiste vienne ainsi encourager une initiative de l’Enseignement Libre. Des naïfs, ces profs!

Après avoir fait cette série de recyclages, nous constatons que le message n’est pas encore bien passé et l’inspectrice, qui a été sollicitée par les éditions De Boeck, bien renseignées sur nos recherches, tente de nous lancer dans la rédaction d’un livre. Nous sommes tous très réticents, n’ayant aucune expérience en la matière. Mais l’inspectrice insiste lourdement et minimise les difficultés de l'entreprise. Las, nous acceptons ce nouveau défi. Comme nous voulons absolument sensibiliser nos collègues professeurs, nous optons pour la rédaction d’un livre du maître. Mais, soyons réalistes, comment vendre un guide méthodologique non rattaché à un manuel pour l’élève? Nous voilà donc obligés d’écrire deux livres, un pour l’élève et un pour le prof! Nous qui ne voulions en écrire aucun, nous voici partis pour deux! Heureusement que notre équipe était bien soudée, sinon nous n’y serions jamais arrivés.  

Par bonheur, notre inspectrice a obtenu des directions que nous soyons tous déchargés de 3 heures de cours pour venir chaque jeudi à Namur. Deux d’entre nous bénéficieront même d’un détachement temporaire. Du coup, il n’est pas question de toucher des droits d’auteur. Nous les céderons bien volontiers «au profit de l’animation des collèges s.j.»: c’est écrit comme ça dans chacun des livres qui ont paru en 1995.

Mais avant de voir la naissance de l'enfant, il faut passer par la gestation et l'accouchement. Nous avions déjà envoyé le manuscrit depuis au moins 8 mois que nous n'avions toujours rien reçu en retour de chez De Boeck. Après cette mise au frigo incompréhensible, l'éditeur nous relance en juillet 1995. Il faut de toute urgence corriger les épreuves des deux livres. Comme mes collègues du COJEREM sont tous en vacances (c'est du moins ce qu'elle m'a fait croire), Maggy se tourne vers moi et me supplie, toutes affaires cessantes, de corriger les dernières épreuves, encore remplies d’erreurs, des deux ouvrages: l’imprimeur (un sous-traitant néophyte) doit commencer son travail impérativement le 1er septembre. J'ai royalement deux semaines pour réaliser cet exploit. Une histoire de fous. Je me suis juré depuis lors de ne p lus jamais jouer à ce jeu-là. J’ai tenu parole.

Le succès des livres («Géométrie en situations – 1ère/4e  notions pour l’élève»: voir la photocopie de la couverture; et «Des situations pour enseigner la géométrie – 1ère/4e guide méthodologique»)  fut plus que mitigé. C’est normal  sachant  que nous n’avions pas prévu de livre d’exercices, estimant que les exercices traînaient dans tous les manuels et qu’il ne fallait pas en inventer de nouveaux. Cependant, l’éditeur Cojerem élèvesnous a appris que le guide méthodologique se vendait beaucoup mieux que les livres similaires des autres auteurs. C’est tout ce qu’on voulait. Et nous avons eu la satisfaction toute intellectuelle d’apprendre que nos livres étaient vendus en Afrique. On s’en est servi quelques années au Collège en 3e et en 4e.

Malgré tous nos efforts, il traînait encore plusieurs erreurs non corrigées dans l'édition définitive. J'avais commposé des errata à joindre à chacun des manuel, l'éditeur n'a jamais voulu les glisser dans les livres arguant que cette pratique était très néfaste pour la publicité et que, de toute

fCojerem profsaçon, tous les livres contenaient des erreurs! Et vlan!
C’est finalement une œuvre dont nous étions assez fiers, mais je ne peux pas dire que j’y pense souvent; j’avais totalement perdu de vue cet épisode quand une ancienne élève rencontrée il y a quinze jours, Andrea Cotrena (sur la photo, à gauche de son amie Lan Pham), 4D 1996-97, m’a rappelé que j’étais coauteur d’un manuel jaune!

Au total, j’ai bien aimé cette aventure, la dernière période de corrections mise à part. Plus généralement, le travail fourni au COJEREM et l’ambiance qui régnait entre nous sont incontestablement des bons moments de ma vie professionnelle.

On s’est plusieurs fois retrouvés dans les années qui ont suivi la publication des manuels simplement pour le plaisir de souper ensemble, repas payés au début (au début seulement) par l’inspection jésuite qui profitait de nos droits d’auteurs…  

 

 
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