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publication cercle Emile Coue

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SOUVENIRS (44)

Les balades de Raymond Gaillard

La semaine précédant le congé de Pentecôte 1966, Raymond Gaillard, professeur d’anglais et de néerlandais de son état, affiche à la salle des profs un quart de feuille proposant une balade en Fagnes pour le lundi suivant, 31 mai. Le départ aura lieu au Collège à 9h45, il est souhaitable de s’inscrire sur le papier en question.
C’est ainsi que naquit la célèbre balade en Fagnes du premier jour d’un congé. Ce lundi-là, ils étaient quatre: Fernand Poumay, Alfred Cormann, Lino Portolan et notre Raymond à la manœuvre, avec sa carte militaire, son bâton et sa pipe. Le temps est beau, la Fagne aussi, le trajet raisonnable: 10 km et, cerise sur le gâteau, une bonne fricassée à La Couronne à Jalhay. Pour sûr, on remettra ça. La publicité se fait facilement dans un petit collège comme le nôtre.
Effectivement, le même petit papier, avec le même texte, à la date près – l’heure est invariablement 9h45 pour être sûr de partir à 10h: tout le monde n’a pas la ponctualité de Raymond – est affiché au même endroit la semaine précédant les congés de Toussaint, Noël, Carnaval et Pentecôte. On part systématiquement le premier jour de congé, dimanche exclu. N’oublions pas que c’est toujours la semaine de 6 jours à l’époque.

(Sur la photo ci-dessus datant probablement de 1974, on reconnaît, debout, de gauche à droite: Jacques Camps, le mari d’Arlette Chrobot, Alfred Cormann, Raymond Gaillard, Jean Janssen, Jean Lemaire et Joseph Van der Hoeven. Assis: Mme Camps, Arlette Chrobot, René Trokay et Marcel Teller. Remarquez qu’Arlette et son époux portent le fameux t-shirt du Collège, vert avec parements bleu, dont les 2 loups de Loyola)
Ces promenades, dont le tracé varie d’une fois à l’autre, recueilleront un certain succès et suivront un rituel immuable pour devenir une tradition, le pain blanc de Raymond: départ en voiture du Collège à 10 heures en préconisant le covoiturage;  cadence et trajet réglés par notre guide minutieux; arrêt systématique aux environs de midi dans un endroit propice au repas forestier; ramassage de petits bois et de brindilles pour nourrir le feu qui va servir de barbecue et d’atmosphère; dégustation de saucisses grillées, parfois gaillard-03.jpgaccompagnées d’un petit coup de vin rouge (les jours fastes); après le repas, le repos: méditation silencieuse et si possible immobile d’une demi-heure; le tabac de la pipe du doyen (depuis 1978, c’est le titre officieux  réservé au professeur actif ayant presté le plus d’années au Collège) parfumant la clairière; extinction du feu et dispersion des cendres; remise en route progressive. Il va de soi que personne n’a jamais oublié sur place le moindre papier ou une boîte vide. La mode n’était pas encore à l’écologie que la pratique existait déjà. Les conversations reprennent au gré des rencontres, le ton de celles-ci baissant très nettement lorsqu’on doit traverser une région de têtes de mort, ces touffes de végétation formant des petites buttes évoquant le crâne d’un malheureux enlisé dans le marécage, et dont le grand nombre casse la cadence tout en mettant à rude épreuve les genoux et les chevilles. Des haltes sont judicieusement proposées par notre guide-animateur, qui en profite pour faire une photo du groupe ou du paysage: ça peut toujours servir pour ses tableaux de Fagnes, qu’il expose chaque année au Chanteloup à Stembert, son pays d’origine (je vous les recommande, j’en ai acheté un magnifique). Marcel Teller, autre peintre talentueux, a aussi l’œil et le commentaire du professionnel. On profite parfois des connaissances scientifiques de Marcel Lepièce, d’Alfred Cormann ou d’Eric Laurent.

En fin d’après-midi, on commence à penser à la douce chaleur de l’établissement choisi pour nous recevoir et nous désaltérer. Ah ! quel beau pays nous avons, quand on y pense ; c’est vrai que le temps n’est pas toujours de la partie, mais, au total, il ne pleut pas si souvent qu’on le croit: nos statistiques en font foi. Et puis la pluie du matin n’arrête pas le pèlerin, c’est bien connu

Arrivés aux voitures, on se déchausse, on se décrasse un peu et on se prépare au retour à la civilisation, qui sera d’abord une bonne bière (catholique !) pour certains, un café bien chaud ou un Cécémel pour les autres. Les moins pressés prennent hardiment un second verre – attention aux contrôles ! – tandis que les autres s’en vont l’esprit serein après avoir souhaité un bon congé à chacun des participants ; la prochaine, c’est quand ?
Voilà des moments où chacun peut se dire qu’il fait le plus beau métier du monde…
D’autres vous diront que c’est alors qu’on comprend l’expression « la grande  famille du Collège ». N’oublions quand même pas trop vite les élèves, qui nous attendent avec impatience…
Le 20 mai 75 (c’est le doyen qui m’a donné toutes ces précisions), on en arrive à la 25e  balade, longue de 14 km pour 14 courageux, dont Raymond (obligé), Jean Lemaire, Dominique Willem, Marie-France Dethier, Henri Héroufosse (revenu pour l’occasion) et moi. Les autres, je ne m’en souviens plus, mais je suis presque sûr qu’il y avait aussi des habitués de cette époque comme  Marcel Teller, Fernand Poumay, Alfred Cormann, José Lambrette et Joseph van der Hoeven, accompagnés ou non de leurs épouses, plus le R.P. Van der Biest, seul. Ce soir-là, pour marquer l’événement, on prend un bon repas à la Maison Fagnes de Solwaster, dirigée par une certaine Madeleine, fille sympathique au comportement viril et à la voix mâle qui, malheureusement, se retrouve aujourd’hui en chaise roulante. Je me souviens que l’ambiance était excellente et qu’elle s’est d’ailleurs prolongée chez moi pour quelques-uns, dont Jean Lemaire, qu’on n’avait jamais vu aussi joyeux.
Lemaire-Jean.jpg
La 30e promenade entame le congé de Toussaint, on s’y retrouve à 23 pour manger la fricassée à Ovifat.

Je me rappelle une anecdote qui doit se situer à cette époque. Il fait beau, nous sommes gais, le dîner s’est très bien passé et notre chemin longe une rivière qui s’étend paresseusement 2 m plus bas que nous. Mais le terrain est accidenté et nous sommes obligés de marcher en file indienne. Je suis derrière le guide qui, subitement, trébuche sur une souche d’arbre et chute lourdement sur le dos 2 m  plus bas! Comment va-t-on le retrouver? Les vertèbres ont-elles résisté à pareil traumatisme? Raymond n’a pas l’air de souffrir, on descend pour l’aider, mais il est debout avant notre arrivée: son sac à dos l’a sauvé !
Il continuera la balade comme si de rien n’était et ne souffrira jamais d’aucune séquelle: un miracle ! Je fais remarquer au passage que notre solide doyen n’a perdu aucune journée de travail pour maladie sur 39 ans de carrière! Un comble s’il avait été en incapacité de travail après une balade censée nous détendre.

Le 7 avril 79, on termine la 40e  édition par la quasi-traditionnelle fricassée à Maison Fagnes à Solwaster. Raymond sait se faire aider, il demande parfois à d’autres collègues de nous emmener sur des chemins qu’il connaît moins. Nous suivrons 6 fois Alfred Cormann, qui en fait d’ailleurs son passe-temps favori à l’heure actuelle. Ce sera parfois le tour de Thomas Lambiet (2), de Jean-Pierre Dumont (3), de José Lambrette (3) ou de René Trokay. Marcel Lepièce aussi nous fera marcher, de même que Joseph van der Hoeven (2). Joseph Ruwet laissera son vélo pour nous conduire à pied du côté d’Aubel tandis que Jean-Louis Hamès nous fera découvrir les charmes de la campagne stembertoise. Disons toute la vérité, notre gaillard de Raymond en ratera une pour cause d’enterrement!

Pour la 50e du 14 novembre 1981 (tiens, c’est un samedi, mais il est vrai qu’on a depuis longtemps la semaine de 5 jours), Raymond a fait les choses en grand : son affichette est devenue une véritable affiche exposant les statistiques des 49 promenades passées: on a marché au total 725 km, ce qui donne une moyenne de 14,7 km par sortie; ça représente environ 200 h de présence à l’air pur : bravo ! La plus courte ne comptait que 9 km, tandis que la plus longue en faisait 21. La publicité va marcher – c’est le cas de le dire – comme jamais: 51 participants ! Du jamais vu. Dans les renforts, on trouvera les Gillot, les Kupper, les nouvelles venant d’Eupen: Liliane Schmits et Jacqueline Heins, Alain Halleux, etc. Bref, le ban et l’arrière-ban… Le temps n’est pas mauvais, mais il fait assez humide. Je réussirai à faire 13,2 km avec mes gros souliers sans encombre: mes pieds sont restés au sec. Une chance. Mais il reste 300 m à parcourir et, plouf, ma jambe enfonce dans un trou d’eau jusqu’aux fesses! Mince, on a rendez-vous immédiatement après pour le souper à l’hôtel de Béthane ! Heureusement, ma femme doit venir m’y retrouver. Je la préviens de m’apporter des vêtements de rechange et la catastrophe devient une anecdote. Alain Halleux, lui, venant sans doute en Fagnes pour la première fois de sa vie, avait des mocassins de ville et un sachet de chez Wibra (ou d’ailleurs): il était arrangé, le pauvre garçon! Mais il était quand même plus heureux que le jour où des élèves avaient volé son pantalon pendant qu’il faisait du volley avec nous sur le temps de midi…
A Béthane, 70 personnes sont présentes pour voir les diapositives retraçant l’historique des 49 premières promenades des Collégiens. C’est alors que je m’aperçois –  avec quelle  surprise! – que les maris respectifs des « Eupenoises » Liliane et Jacqueline, connues seulement sous leur nom de jeune fille, sont de vieilles connaissances à moi. L’un de Spéciale-math à Saint-Bar, l’autre du club de football de Dolhain. Mes amis, quelle fête ! Nous avons fait la fermeture du restaurant de Béthane et celle d’un café de Dolhain. Heureusement que les épouses savent conduire.

La 75e, de 14,5 km, aura lieu le jour de la Saint-Valentin de 1988. On compte 20 courageux au départ et 25 à l’arrivée à l’Auberge du Wayai à Sart, où la fricassée est précédée d’un potage: un luxe!

Je me souviens d’un jour où nous n’étions que trois: Alfred, Raymond et moi. La Fagne dormait sous un épais manteau blanc, le soleil lui donnant un éclat tout particulier : superbe! Et avec ça un silence religieux dès qu’on arrêtait le crissement produit par nos indispensables bottes. Un moment de pur bonheur. Les nombreux absents, que la grisaille de Verviers et les routes présumées glissantes – elles étaient mieux dégagées à la Baraque Michel qu’à Lambermont – avaient découragés, ont tout perdu en restant au coin du feu. La fortune sourit aux audacieux! (Photo ci-dessous)
fagne-enneigee-76.jpg

Il serait impardonnable d’oublier ce 29 février 92 (année bissextile) où les marcheurs de Saint-François-Xavier parcoururent 20 km dans les environs de Banneux pour assister en fin de promenade, à la chapelle Marie-Médiatrice, à une messe dite par Thierry Monfils. Le corps fatigué laissait l’esprit s’élever…
C’était, si vous voulez tout savoir, la 88e. Un an plus tard, le 29 mai, on termine chez Mme Monami à Polleur, qui nous a préparé des petits toasts tombant à pic ! Raymond, la précision personnifiée, m’a dit que c’était la 93e! Si le terme n’avait pas pris, depuis les années vingt, une connotation péjorative, je l’aurais volontiers surnommé le Duce
Benito Gaillard regrettera amèrement le décret pris par la Région Wallonne interdisant désormais de sillonner la Fagne aux groupes non accompagnés d’un guide-nature. Il retrouvera le sourire en apprenant qu’Eric Laurent et Alfred Cormann ont décroché ce précieux sésame.
Je ne suis pas allé à toutes, loin de là, mais chaque fois que j’ai profité des lumières de notre cher guide, toujours souriant et discret, ce fut une journée de gagnée. Même chose pour ses coadjuteurs, qui en avaient pris de la graine.

Je me reprocherai toute ma vie un coupable oubli : c’était un vendredi, veille de balade, et Raymond s’inquiétait de constater que son papier, destiné à recevoir les noms des participants, était désespérément vierge. Je le rassurai en lui promettant ma présence marchante pour le lendemain. Mais j’ai oublié! Incroyable, d’un jour à l’autre… J’étais sans doute passé par le Dôme (oui, je sais, ce n’est pas une excuse, mais ne retournez pas le fer dans la plaie). C’est la seule fois où Raymond est reparti bredouille. L’après-midi de ce même samedi, il m’a téléphoné (aïe!) pour me signifier assez vertement son dépit: j’en étais rouge de honte, comme un élève qui a oublié de faire son devoir et qui est interpellé par son maître. Je ne le ferai plus, M. le doyen, promis!

Voyant pointer l’heure de sa retraite à l’horizon, notre vénérable doyen nous prépare en secret une surprise pour la 100e (voir Souvenirs 60), terme du contrat qu’il a discrètement passé avec… lui-même. 

Note : la photo du promeneur solitaire, moi en l'occurrence, a été prise par Joseph Ruwet.

 

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J
<br /> Cher François-Xavier,<br /> Tu me fais un grand plaisir en m'écrivant ce gentil mot. Oui, je suis preneur, mais je ne sais comment te toucher.<br /> J'espère te revoir bientôt.<br /> Merci d'avance,<br /> Cassius <br />
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F
<br /> Jean, (Cassius comme disait Serge Boyens) , en fouillant dans mes archives, j'ai retrouvé des numéros de la toque anciens et j'ai cherché sur internet si quelque chose était disponible sur<br /> les anciens élèves du collège  SFX ;via wikipédia , je trouve ton blog et ton histoire du collège ; tu imagines avec quel intérêt et quelle émotion, je l'ai parcouru puisque j'ai passé<br /> 12 ans à SFX de 1959 (1er primaire) à la rhéto 70/71 et ai connu des personnes,des évènements et des changements que tu mentionnes ; heureusement que tu t'es chargé de cette tâche presque<br /> insurmontable ; pour enrichir ta documentation, je peux t'envoyer toutes mes photos de classe de 1959 à 1971  ; bien cordialement et bravo pour ce travail de mémoire , FX Destate, rhéto<br /> 70/71<br />
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