publication cercle Emile Coue
La docimologie
Depuis quelque temps déjà, les milieux pédagogiques de notre petit royaume proposent une réforme des moyens d’évaluation des connaissances: le mot lui-même, docimologie, est d’origine québécoise (1945) d’après le Petit Robert; il s'est répandu chez les psychologues dans les années 60.
Des expériences sont tentées par-ci, par-là. Elles ont plutôt bonne presse. Le père Antoine de Lannoy étudie la question, puis nous propose de réaliser une expérience limitée à la 6e Moderne. Je suis parmi les professeurs concernés avec Jean Gillot (titulaire, photos à 12 ans puis à 28 ans) et Jean Arnould en tout cas. Nous préparons le terrain aussi bien que nous pouvons et nous imaginons, renseignements pris, des feuilles quadrillées et cartonnées à l’intention des élèves et des
profs qui serviront de bulletins d’un côté
et de carnet de cotes de l’autre. Ces documents regroupent de nombreuses cases à remplir pour chaque discipline. Y figurent d’abord deux grandes subdivisions: les aptitudes et les attitudes. Aptitudes: pour chaque cours, il y a une série de 3 ou 4 rubriques que l’on notera en plaçant un point sur une échelle (des petits casiers) de 5 niveaux: TB, B, S, I, TI (Très Bien, Bien, Satisfaisant, Insuffisant, Très Insuffisant). Les rubriques en question sont classiquement la mémorisation, la compréhension et la production (parfois subdivisée en convergente et divergente). Le même genre de canevas est dévolu aux attitudes, mais j’en ai oublié les intitulés. Je ne sais pas si, au Collège, on avait prévu la place pour l’autoévaluation de chaque élève, mais cela se faisait ailleurs. On a aussi inventé – ce qui n’était pas souhaité par les promoteurs – une cote de globalisation, véritable casse-tête du titulaire. Jean Gillot, un peu débordé, a souvent dû faire appel à Marie-Claude, son épouse, censée avoir un regard neutre, pour remplir cette case avec tout le bon sens qu’on lui connaît. Il était impossible de faire des moyennes, puisque les notes chiffrées étaient strictement prohibées. Vous voyez là le premier défaut de cette cuirasse. Le second, bien pire à mon sens, mais toujours d’actualité, c’est d’obliger de noter chaque interrogation ou plutôt chaque test, pardon, en fonction des fameuses rubriques imaginées. Si vous n’y pensez pas au moment d’écrire vos questions, vous êtes partis pour la gloire… Il faut donc tout penser en fonction de la manière d’évaluer. On retrouve aujourd’hui ces mêmes tortures sous la rubrique « compétence». Vous n’avez pas fini de vous amuser…
Après 9 mois d’expérience organisée honnêtement, nous décidons en concertation d’imposer une courte série d’examens pour nous aider à mieux juger l’acquisition des connaissances de nos élèves, les délibérations se profilant à l’horizon. Patatras! Le constat est désastreux, nous sommes tombés, à notre grande surprise, sur des échecs à répétition. Je crois n’avoir jamais connu autant de redoublements en 6e Moderne. Pourtant, nous n’avions pas une si mauvaise classe que ça. Un des meilleurs du groupe – qui avait beaucoup de mal à rester assis durant 50 minutes – était Jean-Luc Goffin; il devrait se souvenir de cette expérience qui fut, évidemment, abandonnée sur-le-champ.
Ci-dessous, voyez le type classique de carnet scolaire de l'époque (j'y ai ajouté une bande jaune pour cacher le nom de l'élève).


Celui-ci est probablement l'exemplaire du cas le plus désespéré que j'aie rencontré. Heureusement pour lui, le garçon, qui venait de l'enseignement technique, y est retourné. Mais je ne l'ai plus jamais revu.
Voyez les "observations": je n'y allais pas avec le dos de la cuillère! En fait, j'aurais bien voulu le faire réagir, évidemment, mais également ses parents. Peine perdue!

Quelques années plus tard, avec le Rénové (septembre 1980), l'aspect du carnet scolaire est tout différent. Le format est définitivement en A4 et le nombre de pages a augmenté. Quant à la couleur de la couverture, elle changera chaque année.

Ouvrons-le à la page Mathématique.
Nous sommes en 1983. On s'est mis au goût du jour en se souvenant quand même de l'épisode malheureux de 1972-73: surtout ne pas lâcher totalement les points ni le principe des examens, quitte à les appeler bilans.
Maintenant, le carnet scolaire comprend autant de pages que de cours plus la page récapitulative. J'ai choisi de scanner la page réservée au prof de maths de cet élève de 14 ans. Comme pour toutes les autres disciplines (l'éducation physique et la musique exceptées), la page est divisée en 3 parties:
A. APTITUDES – B. COMPORTEMENTS – C. COMMENTAIRES.
Après négociations entre profs de branches, nous décidons des rubriques donnant lieu à évaluation. En math, on s’est mis d’accord sur les 3 thèmes suivants dans les aptitudes: mémorisation, devoirs et exercices. Quant aux bilans, on n'utilisera qu'une seule note (sur 100) jusqu'en troisième. Pour cette année-là, on différenciera l'algèbre et la géométrie.
Les aptitudes sont notées sur 10, les comportements avec des lettres (comme en 1972) tandis que les commentaires sont laissés au libre arbitre de chaque professeur, pour les 5 périodes de l'année.
En fait, une modification importante vient d'apparaître: désormais, le titulaire n'est plus le seul à écrire dans le carnet scolaire, chaque professeur remplit de sa main et de sa plus belle écriture la page réservée à son cours. Voilà du travail en moins pour le professeur principal et un supplément pour les autres. Le professeur devra être très attentif à chacun des commentaires exprimés sachant que celui-ci sera lu par l'élève concerné et par ses parents, mais aussi par le restte de la famille et même par les amis. Attention en particulier à l'orthographe! Je me rappelle que je relisais consciencieusement chacun de ces commentaires des collègues de ma classe pour éviter un couac qui pourrait porter préjudice à son auteur. Quelle belle solidarité avec mes collègues, qui n'en ont jamais rien su!
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En français, les 3 aptitudes sont les connaissances, la compréhension et l’application.
En initiation scientifique et technologique (IST), en 2ème (professeur: Patrick Constant), les subdivisions des aptitudes sont au nombre de 5 :
1. Connaissances – 2. Compréhension – 3. Utilisation de l’acquis – 4. Savoir-faire (dessin – graphique – résumé – élocution …) – 5. Curiosité scientifique.
Dans les autres disciplines, c’est encore différent. Je ne sais pas si les parents s'y retrouvent mieux, en tout cas, ils ont de la lecture!
Je constate qu'à l'époque 4 périodes sur 5 se terminaient par des bilans, ce qui permettait aux profs de donner les points de ceux-ci dans les ... commentaires!
Comme souvent chez les enseignants, les directives ne sont pas parfaitement respectées. C'est ainsi que le prof de maths concerné ne remplit pas la rubrique Globalisation (des aptitudes) alors que chacun de ses collègues utilise, comme demandé par la direction, une note littérale.
Quand on est parents, on voit les choses très différemment. En 1981, ma fille entre en 1re. Son premier carnet scolaire est remis juste avant la Toussaint. J'ai encore certaines notes en tête. Son prof de maths lui avait décerné un B en globalisation et un laconique mais réjouissant TB en commentaires!
En revanche, elle avait obtenu un affreux zéro en compréhension pour le cours de français. A croire qu'elle n'était pas francophone! Renseignements pris (j'allais voir subrepticement les bulletins dans les casiers des profs), je m'aperçus d'abord que dans cette excellente classe (18 élèves qui avaient tous choisi l'allemand comme 2ème langue), 8 élèves en étaient au même stade que ma fille! Des nuls en compréhension! Voilà qui me rassurait quelque peu. Ma collègue, professeur de français, m'expliqua qu'elle s'était sentie obligée de compléter cette rubrique alors qu'elle n'avait posé qu'une seule petite question dite de compréhension dans les tests (elle ne disait plus interrogations) durant toute la période (près de 2 mois): my God!
Ah! quand on sait tout...
Ci-dessous, vous voyez la dernière page, intitulée Récapitulation. Ce sont les fameux TB, B, S, I et TI, souvent agrémentés d'un + ou d'un -, qui résument la situation.
Je crois que c'est vers cette époque qu'on a enfin supprimé l'infâmant TI (très insuffisant).
Je n'ai pas d'exemplaire de carnet scolaire entre les années 1983 et 1993. C'est dommage (mais je ne désespère pas en recevoir) car on a connu une année exceptionnelle dans le genre compliqué. Je me rappelle par exemple que, dans le cycle supérieur où les élèves suivaient en sciences des cours de biologie, de chimie et de physique, on avait réussi à imaginer 9 rubriques rien que pour les aptitudes: un véritable délire en pensant que certains élèves n'avaient que 3 heures par semaine pour ces cours de sciences!
Le bulletin suivant, daté de 1993, est sans doute le plus fameux de ceux que j'ai eu le plaisir de signer en tant que titulaire de 4e.
C'est tout différent de la page récapitulative du précédent bulletin. Remarquez qu'en une seule page, on a tout compris!
J'ai effacé le nom de l'élève et les signatures de ses parents: c'est un document confidentiel dont j'ai gardé la photocopie par hasard.
Mais revenons aux années 1970.
Le palmarès
Nous avons encore pour quelques années des bulletins traditionnels et le ... palmarès. Avouons que celui-ci n'est pas particulièrement beau, il est fait de co
uvertures de couleurs (on change chaque année) comme vous voyez ci-dessous. L'intérieur est composé de feuilles stencilées, le tout agraphé. L'intérêt se trouve évidemment dans ce qui est écrit. Chaque titulaire est prié de remplir sa feuille de palmarès en classant les élèves dans l'ordre décroissant des résultats globaux et en indiquant les prix (P pour le 1er de la classe) et les accessits (a pour les autres élèves qui sont classés dans le premier quart de la classe). Et puis on fait le total des prix et des accessits. Tout ça doit être proclamé à la grande salle, devant les parents, en tout cas pour les rhétos.
Au début du palmarès, une série d'informations jugées intéressantes ou nécessaires à la compréhension de la suite figurent chaque fois. J'ai retapé ci-dessous les premières pages du palmarès de juin 1975.
Palmarès
des résultats de l'année scolaire 1974-1975 des Classes d'Humanités du Centre scolaire
Saint-François-Xavier
Le Prix de DISCIPLINE et d'ENERGIE est destiné à récompenser les élèves qui se sont distingués par leur conscience professionnelle. Il est attribué à
Messieurs
Rcger MOSTERT 2 L-Sc.
Jean-Marie BOLAND 4 L-G.
Marc LENNAETS 5 L-G.
Le Prix fondé ALARD LEJEUNE récompense un élève particulièrement consciencieux. Il est décerné à Monsieur René LOSCHER de 1ère Scientifique.
Le Prix d'Honneur fondé par les Anciens Elèves du Collège pour le premier en composition française en classe terminale est décerné à Monsieur Pierre COUNET.
Le Prix de la Banque de Bruxelles est attribué à Monsieur Philippe CULOT,
1 Sc.
Au Concours de Dissertation française, organisé par la Résistance, Monsieur Jean-Marie MATHONET, de 2me Latin-Sciences, a été classé parmi les lauréats.
Au Concours d'Eloquence organisé par le " Lion's Club " de Spa, Monsieur Philippe PIERRET, de 1ère L-Sc. a obtenu une brillante troisième place.
Page 2 :
Au Tournoi d'Eloquence organisé par les Jeunesses Scientifiques de l'Enseignement catholique, Patrick HOFFSUMMER, finaliste à Verviers, s'est classé second à la finale francophone à Bruxelles.
L'Insitut interscolaire "DACT-ECOLE " organise, au collège, un cours de dactylographie. En voici les résultats :
| En 1ère année |
avec la plus Grande Distinction : V. GERONTITIS 5 L-G
avec la Grande Distinction : B. CRUTZEN 5 L-M
: S. COLLIN 5 L-G
avec Satisfaction : J-M. DOSQUET 5 m B.
En 2me année avec la plus Grande Distinction B.SCHMITZ 4L-M
P.CRUTZEN 4L-M Y.MATTHIEU 4L-M avec distinction : J.HAURENS 4L-M
avec Satisfaction : E. THIELEN 4L-M
Aux Eliminatoires du Prix national d'Orthographe, JP. ADAM, de 3me L-G figure parmi les 37 lauréats ( sur 997 concurrents ) qui ont réussi un "sans faute". F-L. MONTULET, de 3me L-G., n'a fait qu'une seule faute.
Les pages suivantes sont trop peu nettes (c'était encore des stencils à alcool sans doute) pour que le présent blog (pas vraiment performant) en donne une version lisible. Sachez quand même qu'il s'agissait d'abord de la PREMIERE LATIN-GREC du P.J.Charlier. On commence par Accessit d'Excellence (allez voir la signification ci-dessus) :
Cordonnier J. 74%, 5 P et 5 a; Paquay Ph. 72%, 4 P et 6 a; Thibaux J-B: 72 %: 2 P et 11 a; Pirard J: 70%, 4 P et 10 a; Dauby P. 70%, 1 P et 7 a; et Junker St. 70%, 1 P et 6 a..
On arrive aux 60% obtenus par Guyot L-Ph., Grand P., Onclin J-P. et Tefnin M. Obtient 50% : Crosset Ch. : 54%. On note qu'Eric Voss, n'ayant pu prendre part à tous les concours, n'a pas été classé.
En PREMIERE LATIN-SCIENCES (titulaire : Mr J.-M. Delobel, 21 élèves), le premier est Lamalle D. qui obtient 79%, 5 P et 13 a.
Enfin, en PREMIERE SCIENTIFIQUE (titulaire: P.J.Charlier), la tête de classe est tenue par Löscher R., 71% avec 7 P et 6 a.
Ce n'est pas fini pour les rhétos:
Les examens oraux de fin d'Humanités ont été réussis
en section Latin-Grec : avec Distinction par Messieurs
Philippe Paquay, Jacky Pirard et Jean-Baptiste Thibaux.
avec Satisfaction par Messieurs
Patrick Dauby, Pierre Grand, Louis– Philippe Guyot, Stéphan Junker et Jean-Paul Onclin en section Latin-Sciences : avec Grande Distinction par Messieurs Pierre Counet, Didier Lamalle et Marc Lampaert.
avec Distinction par Messieurs André Carlier, Philippe Goblet, Michel Leclercq, Philippe Pierret et Michel Reul.
avec Satisfaction par Messieurs Philippe Brandt, Eric Dethier, Daniel Posséprez, Raphaël Grosjean, Vincent Halleux,Didier Huart et William Mond. en section Scientifique : avec Distinction par Messieurs
Patrick Barvaux et René Löscher.
avec Satisfaction par Messieurs
Patrick Bodeux, Philippe Culot, Jean-Marc Levaux et David Spencer.
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Remarquez qu'il n'y a aucune "grande distinction" en rhéto cette année-là pour les examens écrits. D'ailleurs, pour toutes les classes d'humanités, seul Didier Marcotte (93%) obtient la plus grand distinction. Il est à cette époque en 5LG avec comme titulaire M. Martiny.
On n'a jamais jeté les points à la tête à SFX!
Enfin, on note la liste de ceux qui ont obtenu le fameux "diplôme de maturité" qui sera bientôt supprimé.
Voici par comparaison le palmarès de la classe de Première Latine A (titulaire: Jean Gillot) de 1976-77 où on peut remarquer que, désormais, les élèves sont cités par ordre alphabétique
et n'ont plus de pourcentage, mais on leur attribue encore des prix (P) et des accessits (A). On ne sait plus très bien sur quel pied danser. Ou plutôt, on s'avance pas à pas vers la suppression des places et donc prochainement des prix et des accessits, donc du palmarès.
Surtout ne pas comparer les enfants entre eux; ne jamais dire que l'un est plus fort que l'autre: comme s'ils ne le savaient pas... Fini de donner un pourcentage global, comme ça il sera impossible de les classer.
En tout cas, cette année-là, Michel Jaspar et Christophe Six trustaient tous les prix de la 1re latine A.
Le Latin-Grec en danger?
Depuis quelques années déjà, on annonce le déclin du grec. C'est d'ailleurs pour cela que le Collège a ouvert une section Latin-sciences et demande l'ouverture d'une section Modernes.
En 1968, le recrutement en 5e Latin-grec est bon et même excellent côté qualité. C'est incontestablement la meilleure classe de LG que j'aie connue. Je suis sûr que M. De Donder était fier de poser à leurs côtés sur la photo (ci-dessous) de Rhéto.

Pendant que l'espoir grandit au fur et à mesure que les modernes avancent, les tenants du Latin-grec reçoivent un coup de bambou sur la tête: il n'y a que 10 élèves qui choisissent le grec en septembre 1969 et ils ne sont déjà plus que 7 en
4LG l'année suivante. Voyez cette petite famille autour de M.De Donder!
En Poésie, il n'en reste que 6 autour de Jean-Marie Delobel...

C'était donc la fin des humanités classiques?
Heureusement, en 1970, on reprend espoir, on retrouve une classe de 5LG bien achalandée. Nous voilà sauvés de la catastrophe. Oui, mais pour combien de temps? Le ver n'est-il pas dans le fruit?
En fait, la section se défendra honorablement jusqu'à l'avènement du Rénové, en 1981.

Les rhétos de 1971 sur scène
Je ne sais s'il fallait vraiment motiver les rhétos pour monter sur les planches. En tout cas, le père Debelle - grand amateur de théâtre - avait vu juste en demandant aux filles du graduat de Sainte-Claire de donner la réplique à nos garçons. Ils se lancèrent avec enthousiasme dans les répétitions de "La Maison de la Nuit", pièce de Thierry Maulnier. Le père Charlier nous raconte que "partout l'on y travaillait: après les cours, à la grande salle, le dimanche à la salle Boland, le soir à la maison ou au café des B...; partout, le père Debelle et ses équipes s'affairaient." Quel pudeur Chacha! Tout ça pour éviter de faire la publicité du café des Brasseurs, haut lieu de rendez-vous des grands élèves et des...professeurs!
Les élèves de 3 classes s'y sont mis. Le résultat aurait pu être meilleur, mais la pièce était difficile et son texte dur. "On le savait dès le départ, précise Charlier, mais nous continuons de penser qu'il faut faire jouer à nos étudiants des oeuvres plus grandes qu'eux-mêmes, qui les élèvent et les valorisent." Bravo! Voilà un vrai jésuite!
Jean Charlier continue: "Ils s'en tirèrent d'ailleurs au mieux et la réaction du public fut très encourageante: les jeunes qui assistaient à la générale du mercredi 17 mars écoutèrent dans un silence remarquable cette pièce austère et le jeudi 18, un public nombreux applaudit vivement les jeunes talents."
Durant ce même second trimestre 1970 -1971, les étudiants du Collège participent au tournoi d'éloquence du "Lion's club" de Spa. Nous affrontons 10 autres écoles. Nos rhétos, sans doute trop occupés par le théâtre, placent 3 candidats sur 4 en demi-finale, mais ne vont pas plus loin. Heureusement, Alexandre Yvanoff, de 2e latin-Sciences, le benjamin du tournoi, sauve
l'honneur en décrochant une excellente 3e place en finale et le prix de la qualité du langage.
Saint-Roch contre Saint-François-Xavier (1971-1972)
Le cycle inférieur des Modernes est pratiquement complet; les rentrées sont très bonnes en première (2 Latines et une grosse Moderne; bientôt 4 classes) et le corps professoral compte en son sein un licencié en chimie avec plusieurs années d’expérience à l’Ulg: Marcel Lepièce. On prépare l’ouverture du cycle supérieur des Modernes-Scientifiques B, des études renforcées en sciences. Pas de concurrence avec Saint-Michel qui présente depuis des décennies une Scientifique A (poussée en math). Mais c’est de Saint-Roch Theux, maintenant, que l’offensive surgit. Ils ont déjà cette section et tâchent de persuader les instances diocésaines (leur P.O., d’ailleurs) que nous menaçons la survie de leur section. Via le conseil de direction du Collège, les professeurs sont très tôt au courant des tensions, et puis personne n’a oublié la bataille précédente. Je vais rapidement m’intéresser de près à cette question et devenir une sorte d’expert statisticien en l’occurrence. Je veux comparer l’évolution des populations scolaires des deux écoles, mais je ne dispose pas des données de Saint-Roch: c’est le règne du secret! Qu’à cela ne tienne, j’irai les demander au directeur Duysinx (vieille connaissance!) lors d’une réunion pédagogique où on suggère que certains profs changent d’école à cette occasion: la participation, toujours! Acculé dans son bureau, l’abbé Duysinx s’exécute, évidemment! C’est du pain bénit pour moi: rien ne permet de s’inquiéter à Theux, qui n’est pas vraiment notre premier concurrent (10 km): l’école est en pleine expansion. Les graphiques comparatifs me paraissent lumineux, l’ouverture ne peut nous être refusée.
Ce ne sera pas si simple; le chanoine Boxus, vicaire général chargé du domaine scolaire, croit plus volontiers les paroles de son confrère du collège de Theux que les arguments statistiques verviétois. Les parents du Collège s’en mêlent et me voilà décroché en pleine Fête d’Hiver par le délégué des parents M. Auvray (Français bon teint) pour épauler celui-ci dans le bureau de Mgr Van Zuylen, évêque de Liège. J’ai l’impression d’être devant un boss (quel immense bureau!) qui voit les choses d’un peu loin: il nous explique qu’il a toute confiance en ses collaborateurs, en l’occurrence le chanoine Boxus… Mince! Je sors de là un peu pessimiste, au contraire de M. Auvray. C’est lui qui aura raison. La décision finale sera favorable au Collège, qui exulte, ou plutôt qui soupire: il est passé très près d’un clash de dimension. Un bémol cependant: le Collège ne peut accepter en 3e scientifique B que des élèves sortant de sa 4e moderne!
L’avenir nous donnera raison, Saint-Roch ne sera pas retardé dans sa marche aujourd’hui triomphale.
Pourquoi partir si tôt?
Voilà bien la question que tout le Collège se pose une fois apprise la nouvelle du départ du recteur Capelle. Trois ans à peine après sa nomination, il sera remplacé pour devenir lui-même Recteur de la communauté de Gramme et professeur de philosophie. Cela ne ressemble pas vraiment à une promotion. Mais pourquoi changer quelqu’un qui semble faire du bon boulot? Recommence-t-on la même comédie qu’avec le père Misson lors de l’ouverture des Modernes 3 ans plus tôt? Tout semble pourtant moins chaud cette fois-ci, personne n’a entendu parler d’un mouvement dans les corps professoraux. Mais les voies du Seigneur sont impénétrables... pour nous.
Cependant, 2 ans plus tard, nous, professeurs laïcs de Saint-François-Xavier, allons recevoir une lettre à en-tête personnalisée signée Norbert Capelle nous expliquant d’une façon fort émouvante son chemin personnel vers le… mariage! Un choc pour beaucoup d’entre nous, surtout quand on repense à tant d’attitudes de notre ex-Recteur dans l’exercice de son ministère religieux: il paraissait si heureux dans son choix de vie!
Le microcosme verviétois va alors bruisser comme jamais: les ragots les plus fous sont répandus, à peine sous le manteau. On trouvera tous les défauts à cet homme qui s’était ainsi fort exposé, surtout qu’il restait dans la région: les chiens étaient lâchés, comme dirait plus tard Mitterrand lors de l’enterrement de Pierre Bérégovoy.
En attendant, nous héritons le 31 juillet 1972 d’un nouveau Recteur-directeur, le quatrième en 6 ans! Et nous ne savons pas que c’est le dernier.
Le père Louis (dit Luigi bien qu'il ne soit pas d'ascendance italienne) Lefèbvre est professeur de rhétorique à Saint-Servais quand il apprend sa promotion. Arrivé rue de Rome, il a l’air aussi surpris que nous. La première fois que je le rencontre, il me donne l’impression d’être un bon vieux papa hilare, un peu paysan dans sa démarche.
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