Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /Déc /2007 12:36

La table des matières se trouve à la fin

"On ne peut pas plaire à tout le monde et à son père"

(La Fontaine)


Tu iras chez les jésuites


1. Motivation

Voilà des années que je me dis épisodiquement que je devrais écrire mes souvenirs concernant le Collège. Mais chaque fois que j’y pense un peu sérieusement, je trouve l’entreprise à la fois prétentieuse, fastidieuse et finalement inutile. Hier, Jean Arnould a dit qu’il faudrait qu’on écrive l’histoire du Collège des 40 dernières années en me regardant droit dans les yeux avec une insistance qui ressemblait fort à un défi. C’est le déclic que j’attendais sans doute inconsciemment.

Aujourd’hui, je sais que je peux entreprendre cette rédaction sans prétention: ce ne sera jamais qu’une vision très partiale et toute personnelle d’événements qui me sont plus ou moins bien restés en mémoire. Evidemment, je ne vais pas tenter de faire œuvre d’historien.

Fastidieuse, elle le sera sans doute, mais comme je n’ai pas d’obligation de résultat, je peux écrire à mon rythme et m’arrêter quand je veux.

Inutile certainement pas pour moi, puisque ce travail va m’occuper dans deux domaines que j’aime: le Collège et l’écriture. Inutile pour d’éventuels lecteurs? Probablement. Mais comme je dispose d’un blog qui est lu par quelques personnes (dont 16 sont abonnées), en faisant paraître ces lignes par ce canal, peut-être susciterai-je un certain intérêt chez mes lecteurs. Surtout un intérêt pour le Collège (avec une majuscule!).

En fait, ce qui me paraît le plus difficile, c’est de dire ce que je pense vraiment de certains acteurs de cette histoire, sans langue de bois, mais sans risquer de leur faire du tort; ce sera d’autant plus difficile que j’ai toujours eu une tendance très marquée pour l'ironie. J’ai beaucoup de mal à me retenir, à me censurer. J’ai déjà envie d’arrêter à la pensée que je vais devoir «jésuiter» si je ne mets pas de clé d'accès à mon blog. Il risque donc d'être lu par des gens qui ne me connaissent pas et donc qui ignorent mon sens de l'humour. Pour montrer ma bonne volonté (je ne suis pas méchant dans le fond de l'âme), je m'engage à rectifier ce qui serait erroné ou considéré comme malveillant.

Allons-y!

2. Présentation

Je dois quand même un peu me présenter pour qu’on comprenne mieux mon point de vue sur le Collège. Je suis né dans une famille andrimontoise et catholique, juste en face d’une chapelle (Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, rue Maurice Duesberg, 113 à Ottomont, quartier d'Andrimont) photo de face et de profil ci-dessous qui a fait office d’église paroissiale jusqu'en 1964, au moins. A droite, photo authentique de sainte Thérèse.
Maman est tombée veuve en 1950 alors que j’avais presque 6 ans. Je n’ai qu’une sœur, de 9 ans mon aînée, et nous vivions dans une petite boulangerie-épicerie de quartier (photo ci-dessous). maison familiale nn


















Je n’ai pas eu conscience de souffrir du décès de mon père: ma mère et ma sœur (je dois lui rendre cette justice) ont bien compensé. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être pauvre – je crois d’ailleurs que nous ne l’avons jamais été –, même si j’étais bien conscient qu’il y avait parfois des fins de mois difficiles. Il m’est apparu très tôt que tous les espoirs de ma petite famille reposaient sur mes frêles épaules: je devais devenir un intellectuel alors que ma mère et ma sœur n’avaient pas été à l’école au-delà de 14 ans. Mon père, dont le premier métier était

tourneur, avant de devenir boulanger durant la guerre pour éviter le travail obligatoire en Allemagne, était allé à l’école technique Don Bosco de Verviers, sans doute jusqu’à 16 ans. (Ci-contre, photo du bâtiment en construction en 1895, rue des Alliés). Institut-Don-Bosco-en-construction-1895.jpg Je n’en suis même pas sûr. Maman m’a très jeune persuadé que je ne devais pas me destiner à un métier manuel, surtout pas boulanger, bien que, comme toute la famille, je participais comme je pouvais à la vie de cette petite entreprise familiale. Je m’en suis assez plaint quand je suis devenu adolescent et que j’aurais tant voulu être débarrassé des contraintes du commerce. Maman avait du mal à s'en sortir seule une fois ma sœur mariée ce qu’elle fit à 20 ans à peine. Mais je savais que c’était mon devoir. Et qu’on n’y coupe pas!

3. Quelques réminiscences du contexte politique (1952)

Nous sommes en septembre 1952. C'est toujours l'atmosphère de l'après-guerre, mais je ne suis pas capable de m'en apercevoir: j'ai 8 ans! Nous n'avons évidemment pas de télévision - je crois que la RTB n'existait pas encore - et la radio ne marche pas souvent chez moi; en outre je n'ai jamais vu d'hebdomadaire, sauf de temps à autre le très royaliste et très catholique Patriote Illustré   
Evidemment, j'entends parler de tout dans le magasin, même si tout ne m'intéresse pas. Je peux aussi apercevoir en passant devant certains kiosques à journaux (des aubettes, dit-on d'habitude) comme à la Chic-Chac, à l'arrêt du tram, près de la gare, des couvertures d'hebdomadaires qui traduisent les Europe Amérique 1952 6 nov 1952 Mau Maupréoccupations des adultes. Je crois me souvenir de la révolte des "Mau Mau" au Kenya: pour moi, tous les Noirs étaient congolais, Congo belge, bien entendu. Et les Congolais on les aimait bien, un peu comme de grands enfants qu'il fallait prendre par la main. On est loin, très loin de penser que la Belgique donnera l'indépendance à sa colonie 8 ans plus tard.


Les photos ci-jointes proviennent toutes de l'hebdomadaire Europe-Amérique devenu plus tard Europe Magazine; exemplaires trouvés bien plus tard dans un
e brocante. 

J'entendais souvent parler des communistes, race sordide et dangereuse si je comprenais bien, surtout dans l'immense pays baptisé U.R.S.S. dirigé par l'ogre Europe-Amerique-1952-6-nov-1952-URSS-pas-prete.jpgStaline. Evidemment, nous étions tous pour les Américains, qui avaient gagné la guerre, et je connaissais même le nom d'Eisenhower sans faire la Europe-Amerique-1952-13-nov-1952-Ike-elu.jpgdifférence entre le général en chef et le président. 









J'étais très étonné et intéressé à la fois quand j'entendais parler de la guerre de Corée: il y avait donc encore la guerre quelque part, moi qui regrettais tant de n'avoir pas vécu ces événements dont les grandes personnes parlaient tant, souvent avec une sorte de Europe-Amerique-1952-13-nov-Coree.jpgdégoût voire d'horreur dans la voix d'ailleurs. J'avais été très impressionné d'apprendre que le frère d'un ouvrier boulanger, qui travaillait chez moi, avait été tué en Corée: un Belge qui mourait les armes à la main, ça existait donc encore!
 

Bien entendu, je connaissais le nom et le visage de notre roi Baudouin, mais je n'avais rien retenu de la Question Royale, encore moins de la Princesse Liliane ou des Cobourg.Europe-Amerique-1952-16-octobre-Baudouin.jpg








Quant aux prêtres-ouvriers, je me rappelle que ça choquait fort les catholiques du coin... et moi aussi d'ailleurs!





Europe-Amerique-1952-25-sept-pretres-ouvries.jpg

4. Arrivée au Collège

 
Je fais mes deux premières primaires à l’école communale Fonds-de-Loup de la place Simon Gathoye à Andrimont, l’école la plus proche de mon domicile. Puis j'arrive au collège jésuite de la rue de Rome au début de la troisième. Maman a programmé mon avenir: j'irai au Collège Saint-François-Xavier, chez les jésuites! Quelle grande école, quelle cour immense, avec des panneaux de basket fixés dans le sol!
Je serai aussi très impressionné par la beauté de cette grande église qui se nomme église du Sacré-Cœur et n’a rien de commun avec notre petite chapelle, en fait une ancienne serre à peine aménagée.

Je fais les déplacements en tram (n°5), dont le terminus se situe à 300 m de chez moi. Je  descends rue du Palais, juste au-dessus des escaliers de la rue de Rome. Je prends ce moyen de locomotion fort amusant 4 fois par jour, puisque je rentre dîner à la maison. J’ai rapidement rencontré des voisins (surtout José Troupin,  devenu plus tard directeur de la banque Drèze; 5 ans plus âgé que moi) qui faisaient le même trajet.

En fait, le Collège avait les 6 années primaires, nommées préparatoires, en cinq classes: la première et la deuxième ne formaient qu’une classe sous l'autorité de Bastin-chef-1957.jpg M. Bastin. Nous sommes en septembre 1952 quand je rencontre l’instituteur Creton (photo de 1952: je suis à sa droite, visiblement boudeur; encore puni sans doute), 1952-Creton-et-moi.jpg qui débute cette année-là au Collège. Il va devenir un personnage étonnant dans cette petite école à la grosse réputation. Il y a beaucoup de jésuites, tous en soutane, évidemment, mais aucun n’est titulaire d’une classe de préparatoires. Nous n’avons que des laïcs; on voit juste un jésuite pour le cours de religion. J’ai appris plus tard que le Primaire était géré jusqu’à l’année 1950 par des frères Maristes, qui avaient quitté la rue de Rome pour faire place à des instituteurs diplômés, qui seraient dorénavant payés par l'Etat.Communaute-jesuite-57-58-etc.jpg

A cette époque, les jésuites ne Bodaux-n-1957.jpg s'intéressaient pas au Primaire, et encore moins au Maternel.
Jef-1959.jpg


comeliau-1958-.jpg
















1952-personnel-enseignant.jpgOn partage la cour avec les grands de Latines qui nous impressionnent beaucoup. Voyez ci-joint la liste du personnel enseignant. C'était en fait une petite école primaire de 5 classes et un petit collège de 8 classes secondaires. On en perdra d'ailleurs une 2 ans plus tard (une seule 5e).
  Voici, de mémoire, les titulaires jésuites des classes allant de la Rhéto à la cinquième en 1954: Bodaux,  Fabri, Coméliau, Claude et Nachtergaele. Claude-1944AA23-1944-45-corps-professoral.jpg Dans ma mémoire, c'est resté ainsi durant des années.


En 1953, le père Derouau devient Recteur et Directeur (Préfet des Etudes dans le jargon jésuite) et le père Albert Wankenne (Verviétois, frère de Félix, curé de Lambermont, d'un autre jésuite et encore d'un autre religieux, si pas d'une religieuse) nous arrive comme Préfet de discipline. Il sera remplacé par le père Nachtergaele (Nach) en 1955.  J'ai vu plusieurs fois dans la cour le R.P.N. Ries, un gai rougeaud, professeur de flamand et surtout joueur de football aux récréations (en soutane, bien entendu): une véritable attraction. 
J'ai aussi aperçu le père Raymaekers (dit le Chinois), professeur de chimie, physique, botanique et géographie. J'ai entendu parler d'un certain Microbus sans doute M.P. Grosjean, professeur de flamand , par mes cousins Janssen (Robert et Jean) ainsi que par Robert Beckers (tous trois de Welkendaedt).                                   

Mes lecteurs les plus âgés et anciens du Collège reconnaîtront sans doute le père Jean Bodson (Préfet de discipline de 1948 à 1953; j'ai donc dû le connaître, mais sa tête ne me dit rien) sympathique distributeur d'admittatur pour les Welkenraedtois prétendument en retard à cause du train (dixit Robert Beckers) –, et le père Willy Warnant, aussi Préfet de discipline, paraît-il.    Bodson                            

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Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /Déc /2007 16:44

5. Comment devenir vedette sans le vouloir

Je viens de lire dans la plaquette du Centenaire (1955) qu’il y avait 128 élèves en Primaires en 1951, année où on a fait des transformations dans ce bâtiment: «portes et fenêtres donnant sur la cour sont supprimées et remplacées par de grandes verrières», comme on le voit sur la photo ci-dessous; 5 ans plus tard, en septembre 1956, il y a  289 élèves! En juin 1955, la population scolaire totale (Primaire + Secondaire) de Saint-François-Xavier atteignait «le chiffre record de 524!» Oui, pour l’époque, ça devenait une grosse école.

J’étais assez fier de mon école. Durant les premières années, nous portions régulièrement notre toque alors que les copains de Saint-Michel avaient une sorte de banane bleu foncé.

On y accrochait le nombre d’étoiles dorées qui correspondait à la classe dans laquelle on se trouvait, donc j’ai commencé par en mettre trois. Mais cet ornement vestimentaire devint assez vite désuet, je me souviens qu’en 6e, il n’y avait plus que quelques naïfs (ou dociles) qui se coiffaient régulièrement de cette toque d’astrakan. Les mentalités changeaient: c'est ainsi que je ne me souviens même pas qu'on apprenait la Brabançonne à l'école (contrairement à mon épouse, qui était dans l'officiel).

Je n’étais pas mauvais élève, mais pas toujours très discipliné. Maman est venue trouver une fois M. Charles Creton, sans doute pour prendre des nouvelles de mon attitude et lui Cret-Plum.jpgdire ostensiblement (devant moi!) qu’il ne devait surtout pas se gêner pour me gi fler. Je crois qu’à partir de ce moment-là, il s’est nettement  calmé dans ce domaine à mon égard: un véritable esprit de contradiction. Notez qu'il avait d'autres techniques moins classiques mais tout aussi efficaces pour nous faire physiquement mal.






En 4e, nous allions chez M. Marcel Schreurs, un maître beaucoup plus expérimenté et surtout plein d’humour.Schreurs 53 4 prim

On l’aimait beaucoup. Tant que je parle des hommes, je ne peux oublier le jésuite qui nous impressionnait le plus: le père Albert Wankenne,  préfet de discipline. Pour nous, c’était le boss. Le père Recteur, c’était une sorte d’évêque qui ne se montrait qu’aux grandes fêtes. Je crois que je ne l'ai vu qu'une seule fois en dehors de ces manifestations, et encore, de loin! Je sais quand même qu'il s'appelle Derouau (photo de gauche, prise au 125e, en 1980). Mais le préfet de discipline faisait Derouau recteur (mais en 1980) régner l’ordre partout, c’était une véritable terreur, armé de sa clochette qui ne quittait jamais sa main gauche (c’était pareil pour les surveillants, tous de jeunes jésuites). Son bureau donnait immédiatement sur la cour, en plein milieu de celle-ci, à peu près à l'endroit où commencent aujourd’hui les escaliers extérieurs. A deux mètres de la cloche, qui est toujours la même d'ailleurs. Il suffisait qu’il apparaisse pour qu’on rectifie la position. Evidemment, j’ai eu les honneurs de ce personnage. Je crois que j’étais en 4e (9 ans). C’était un jour d’hiver avec de la neige. C'était un samedi après-midi. Je ne sais si j'étais déjà puni. Notez qu’on avait cours le samedi après-midi à cette époque. Je traînais dans la cour pour une raison pas très catholique et j’ai participé à une bataille de boules de neige par principe. Mais je pris un morceau de glace – par souci d’efficacité sans doute – et j'atteignis mon objectif au-delà de mes espérances. Un pauvre petit gars reçut mon projectile près de l'oeil et se paya une cocarde qui doit l’avoir marqué pour le restant de ses jours, moralement bien sûr. Le père Préfet n’était pas là et je réussis à regagner mon domicile sans punition supplémentaire (j'avais fui), mais avec la peur de ma vie: j'étais sûr que ce garçon que je ne connaissais même pas allait me dénoncer à qui de droit. Que faire pour éviter les foudres du préfet? Gagner du temps: surtout ne pas me montrer à l’école le lundi matin. Peut-être m'oublieront-ils , pensais-je naïvement. J’ai donc joué au malade imaginaire et cela marcha effectivement une avant-midi, pas plus. Maman m'envoya au Collège l’après-midi. J’étais à peine en classe qu’un surveillant vint m’appeler de la part du père Wankenne . J’en tremble encore. Je crois que j’ai pleuré d’emblée pour tenter d’amortir le choc. Pas question de mentir à un tel homme, grand, maigre, sec comme une trique, dont le regard vous transperçait jusqu'au fond de l'âme. A cette époque, nous recevions un bulletin hebdomadaire sous forme de carte de couleur. Je me souviens encore de la hiérarchie (voir le spécimen ci-contre, que j'ai conservWankenne.jpgé de l'époque, sans doute une des rares dorées reçues dans mon cursus scolaire). On était persuadé que la verte (Mal!) n’existait pas. C’était sans doute un mythe. Quand on rentrait avec une bleue, c’était déjà la catastrophe à la maison. Dans ma classe, cette semaine-là, on a distribué deux cartes vertes: une pour moi, évidemment, et une pour Jacques Thiry, qui est devenu avocat (puis magistrat?). En tout cas, c’est le frère aîné de l’abbé Thiry, philosophe et magicien bien connu dans la région. Ce brave Jacques, un peu naïf à l’époque, était allé rechercher une balle restée bloquée dans la neige du toit du préau (juste à côté du chemin du fer)  au péril de sa vie et sous les yeux effrayés (ou amusés...) de toute l’école en récréation.

Nous sommes devenus tous les deux des vedettes locales bien malgré nous…

 

                                                       

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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 15:37

6. Deux vieux copains

De ma quatrième année, je n’avais pas de photo non plus. Dommage! Mais un copain  totalement perdu de vue m’a reconnu 45 ans plus tard, ce vendredi 14 décembre 2007 à 18h20 au café Le Dôme, notre local de réunion du Cercle Emile Coué, cercle folklorique proche du Collège. Il prétend qu’il m’a reconnu de dos; même de face, avec sa barbe, ses cheveux gris et son chapeau noir, je n’aurais jamais reconnu ce Bobby Winkin: quel look! Il est auteur-compositeur-interprète et a roulé sa bosse un peu partout.Bobby-Winkin-2012.jpg
[ Aujourd'hui, 30 avril 2012, je découvre que Bobby est mort d'un cancer du poumon à 67 ans. Difficile à réaliser.]

Bobby promet de m’envoyer une photo scannée par Michel Crickboom et c’est ainsi que je revois avec émotion toutes ces binettes sympathiques. Je ne retrouve pas Toussaint Palm (des entreprises du même nom) qui, lui, m’a reconnu 5 ans plus tôt dans un magasin de Gérard-Champs; il n'est en fait que sur la photo de 3e. Je le vois encore venir à pied de Polleur avec un de ses frères plus âgés, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Ils sont vraiment blancs de cheveux et arrivent toujours les premiers à l’école avec leurs gros souliers, devenus des sabots dans ma mémoire. 

Je crois bien qu’on ne parle que platte dutch (orthographe phonétique) chez les Palm et qu’ils ont du mal avec l’interdiction de parler autre chose que le français à l’école, même le wallon est banni! Les parents de l’époque sont bien conscients qu’il est impératif pour leurs enfants de posséder convenablement le français. Le néerlandais, on l’abordera à petites doses en 5e. Durant les récréations, quand on ne joue pas à la puce ou à gailloux (orthographe non garantie), on pratique souvent la balle pelote contre le mur du préau. Evidemment, si les grands de 6e nous en laissent le loisir, on se rue sur le football, notre sport préféré.

7. Les billes

Si une hirondelle ne fait pas le printemps, en revanche, l’apparition des billes est un signe qui ne trompe pas. A Saint-François-Xavier, on a une façon particulière de jouer que je n’ai jamais rencontrée ailleurs. En réalité, c’est une compétition permanente entre des lanceurs et des récepteurs. A chaque coup, ça se joue à deux. Le lanceur risque de gagner 4 billes ou d’en perdre une, celle qu’il a lancée. Le récepteur est une sorte de commerçant assis par terre, les jambes écartées entourant une petite pyramide de 4 billes plus ou moins jolies. Le lanceur doit démolir cette pyramide s’il veut rafler la mise; s’il rate son coup, sa bille lancée devient la propriété du boutiquier. Les différents récepteurs sont assis côte à côte à peu près au milieu de la cour, dos au jardin des Pères. Il faut arriver très tôt en récréation, car les places assises sont très demandées; cela provoque parfois quelques bagarres. Les tireurs se postent debout, face au boutiquier choisi, à une distance convenue de deux pas environ. La cadence de lancement est celle que le tireur décide. S’il rate ses premiers coups et s’il s’entête, son acharnement peut devenir pour lui une catastrophe entraînant rapidement la perte totale de sa  provision de billes. Le boutiquier prend moins de risques, mais peut être victime de l’adresse des adversaires qui se présentent, aussi a-t-il le droit de refuser certains «clients». Ce jeu nous obsède littéralement. Il demande une certaine adresse, mais surtout des qualités de gestionnaire: il faut se méfier de l’excitation du jeu, qui peut vous entraîner dans des pertes rapidement incontrôlables. Chaque matin, il faut se fixer le nombre de billes que l’on accepte éventuellement de perdre et ne pas en prendre une de plus: provision fait profusion! Un joueur moyen bien organisé peut arriver à posséder une quantité impressionnante de billes à la longue: j’ai compté jusqu’à mille billes dans la boîte en fer que je cache dans le grenier. Les boutiquiers les plus téméraires ne mettent qu’une seule bille mais en promettent dix si on touche celle-ci. Méfiez-vous de ces gens-là : ils risquent gros pour se refaire une santé, mais ils n’ont pas toujours les dix billes promises en poche et le crédit est interdit…La morale n’est pas absente de ces jeux apparemment anodins. Je me souviens qu’une fois à sec, je rôdais derrière les boutiquiers à la recherche d’une bille errante dont je m’emparerais subrepticement: du vol, quoi! Toute l’école se retrouve dans ces parages, joueurs comme spectateurs. C’est une véritable atmosphère de souk, qui dure quelques semaines, puis disparaît, mystérieusement.

 

8. Le basket (voir aussi Souvenirs 12 - 4 : Les 25 ans du Basket)

Quand je suis arrivé pour la première fois dans la cour du Collège, j'ai été très surpris de voir
des panneaux de basket installés à demeure. Je connaissais à Basket 1954peine ce sport, et là, ils y jouaient à toutes les récréations. Evidemment, c'était les grands qui mobilisaient le ballon. J'étais fasciné par leur dextérité. Je les regardais avec envie: serais-je un jour capable de faire pareil?
Je suis allé plusieurs fois le dimanche matin voir la première équipe du Basket-Club Saint-François-Xavier (maillot jaune et culotte noire) jouer en championnat. Je reconnais sur la photo de l'équipe, assis au milieu, Deffet (architecte à Andrimont), Sottiaux et
Kocklenberg (futur dentiste). J'ai aussi vu évoluer des grands élèves de l'époque comme Jean Arnold (mon futur collègue instituteur), son frère Georges, Collin (dont j'ai oublié le prénom, futur papa d'élève). Il paraît que le R.P. Wankenne (ce terrible préfet de discipline) était un des fondateurs du club (1950) et son premier aumônier. Charles Creton (arrivé en 1952) en est devenu un comitard dévoué. C'était très gai de voir ces grands garçons utiliser notre cour de récréation, d'autant plus qu'ils gagnaient toujours, ou presque: ils ont gagné leur championnat trois fois sur les 4 premières années, signant ainsi le premier exploit de l'histoire mouvementée de cette association sportive.
Quand j'ai obtenu l'accord maternel, je me suis inscrit au club et ai suivi les entraînements hebdomadaires, qui commençaient très tard. J'étais donc obligé de rester à l'étude ce jour-là. Le plus surprenant, c'est que tous les joueurs du club s'entraînaient ensemble quel que soit leur âge. Notre (antique) salle de gym connaissait alors une animation pour le moins bruyante, le seul panneau de basket subissant les attaques incessantes de ces grands adolescents ou même jeunes adultes. Nous, les petits, on tâchait surtout de ne pas les gêner. Le plus dur était de recevoir leurs passes, toujours très puissantes, nécessité du jeu: l'adversaire ne pouvait pas intercepter le ballon. Ce n'était pas de la ba-balle! Je me souviens que je faisais tout mon possible pour leur renvoyer le ballon avec autant de force, sans avoir l'air de me sortir les tripes... Quel malheur d'être petit! 


(Dans l'arrière plan de chaque photo ci-dessus, on voit les fenêtres des classes de primaires; sur la photo de droite, on distingue la fin du bâtiment et la grille du jardin)

La première chose que j'ai dû demander à ma mère
outre l'argent de la cotisation c'est de coudre un numéro noir sur mon maillot jaun Basket-droite.jpg e. L'entraîneur avait dit qu'il fallait choisir un numéro avec un maximum de 2 chiffres et de s'arranger pour ne pas avoir le même qu'un autre. J'ai opté pour le 99, nombre que personne n'avait jamais vu dans une partie de basket. En général, on ne dépassait pas le 20. On s'est bien moqué de moi! Nous, les petits, n'étions inscrits dans aucun championnat. Je me souviens avoir joué un seul match en dehors du Collège et contre de vrais adversaires de notre âge. C'était à Spa. Nous avons gagné 17-2. Le petit Jacky Deffet (bon sang ne saurait mentir) était notre Monsieur 95%!



9. Le Centenaire (1955)

Cette année-là, 1954-1955, il s’en passe des événements, dans le domaine de l’enseignement! Nous sommes en pleine guerre scolaire avec un gouvernement socialo-libéral qui n’a aucune sympathie pour l’enseignement libre, au contraire! Le conflit devient politique et culmine par une manifestation monstre mais interdite à Bruxelles. L’INR, la radio RTBF de l’époque, est censurée par le gouvernement «violet». Malgré les  300.000  manifestants catholiques déchaînés face aux forces de l’ordre, l’INR répète inlassablement que tout est calme dans la capitale! Le leader francophone PSC est incontestablement Pierre Harmel (photo de droite) qui avait déjà déposé un projet de loi, devenu la loi Harmel, pour que les professeurs laïcs des écoles catholiques soient payés par l'Etat.

Pour arriver à rejoindre le centre de Bruxelles ce 26 mars 1955 alors que les grands axes routiers sont barrés, un professeur du DDD-55-jpg.jpg Collège que j’allais apprendre à connaître, M. Louis De Donder, va prendre l’hélicoptère à Maastricht! C’est un acharné qui a déjà pris hardiment parti (pour Léopold III) lors de la question royale cinq ans plus tôt. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il devra quitter le collège jésuite Saint-Paul de Godinne: son recteur n’avait pas les mêmes opinions que lui! Mais on ne parle guère de tous ces événements aux enfants, jugés trop jeunes pour comprendre. Ce mutisme volontaire ne nous empêche pas de détecter l’angoisse des adultes. Malgré tout, on ne peut s'empêcher de voir un jour matin en arrivant au Collège le toît du préau badigeonné d'un énorme "A bas la calotte" qui choque tout le monde. Ceux qui n'avaient pas immédiatement compris que c'était une agression intolérable, presque un viol, furent mis définitivement au courant du combat politico-religieux dans lequel nous étions partie prenante malgré nous. Les auteurs de cet énorme graffiti (le mot n'était pas encore utilisé) étaient sans doute des anticléricaux et probablement des socialistes qui vomissaient l'enseignement libre catholique. Cet événement a beaucoup fait pour nos futures convictions politiques. Je me souviens qu'aux élections suivantes, nous allions régulièrement nous fournir en autocollants ronds verts et blancs (les écologistes n'étaient pas encore nés), où on voyait un grand 3 et, en petit, "votez PSC", au siège du PSC (ex-Parti catholique) de la rue du Manège. On prenait un plaisir fou à les coller sur les vitres des maisons de notables rouges ou bleus, comme Delclisar, le bourgmestre socialiste d'Andrimont.
Heureusement, notre Collège se mobilise pour tout autre chose: 1955 est l’année du Centenaire de notre institution. On a donc répété durant de nombreuses heures les chants qu’on entonnera ce jour-là et la façon de défiler, pour lesdefile-des-eleves.jpg gymnastes avec le short gris, la vareuse blanche et les sandales bleues (je crois); ceux qui défilent sans faire la gym doivent être en uniforme: culotte ou pantalon gris-foncé, chemise blanche à manches et cravate bleu-foncé (art.7). On s’entraînera aussi à marcher au pas et en ligne pour le défilé du dimanche 15 mai 1955  sous les ordres de M.Roba.

Siquet-58.jpg Je me rappelle encore avoir chanté un samedi soir (le 21 mai, paraît-il) au grand théâtre dans une chorale de 140 élèves sous la direction de notre professeur de musique Armand Siquet, postillonneur hors catégorie  (voir le document dans l'album "Collège" de ce blog).

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Samedi 29 décembre 2007 6 29 /12 /Déc /2007 19:04

10. Fin des Primaires

De ma cinquième primaire, je garde peu de souvenirs. Je retiens d’abord que le premier jour de classe est un véritable jour d’enterrement pour moi: celui des vacances. D’autant plus que notre nouvel instituteur, M. Armand Plumhans (décédé récemment, le 6 mars 2007), n’est vraiment pas Plumhans-54-5-prim.jpg sympathique. Comme accueil, il nous impose d’étudier dans le livre d’histoire une page entière pour le lendemain; et chez moi, ça ne rentre pas. Je pleure de rage en constatant que ma mémoire est en panne. Manque d’entraînement? Cet accès de colère – péché capital, qui ne m’afflige plus aujourd’hui (j’en ai d’autres!) ­–  m’a repris au moins une fois à propos de l’étude du petit catéchisme: j’ai jeté celui-ci au mur parce que je n’arrivais pas à retenir par cœur les réponses aux questions imposées. Je suppose que j’ai avoué ce péché en confession.

En tout cas, je suis sûr d'avoir réussi puisque je viens de retrouver le diplôme de l'époque.On sait à peine lire les signatures: M. Plumhans pour les Professeurs et le R.P. Derouau pour le Recteur.

 

 

 

 

diplome-1955-5eme.jpg




























En 6e, on a la double chance de retrouver M. Schreurs et de d
écouvrir un nouveau  préfet de discipline: le père Nachtergaele succède à Wankenne-la-Terreur. C’est un homme beaucoup plus rond, dans tous les sens du terme. Schreurs-6-Prim-SFX56-57.jpg

La classe est tellement nombreuse qu’on crée fictivement deux groupes (les A et les B), mais on ne s’en aperçoit qu’au moment de jouer au football en récréation, sur la largeur de la cour, entre l’actuelle salle des profs et une grille qui donne sur le jardin, où l’on ne peut pénétrer qu’avec la permission expresse du surveillant. Notre capitaine s’appelle Jules Nyssen (j'aurai sa fille comme élève 35 ans plus tard), nettement plus fort à l’extérieur qu’à l’intérieur de la classe.

Le maître est tout aussi agréable qu’en 4e, mais il ne badine pas avec la discipline. Entrant en classe en rang et en silence comme le règlement l’impose, je tape sur l’épaule de celui qui me précède pour lui souffler un petit mot rapide. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que j’entends la grosse voix de Schreurs: Janssen, le verbe se taire à tous les temps!  Mais, Monsieur, je n’ai rien dit, objecté-je. Non, mais vous alliez le faire, me rétorque-t-il. Fin de la discussion. J’ai un peu râlé, mais je l’ai accepté: dans le fond, il avait raison. J'ai toujours reconnu mes torts, mais parfois après de longues années.
La 6e est l’année des communions solennelles et des goûters d’amis qui en découlent. C’est alors, en voyant leur maison, que je prends conscience qu’il y a en classe des gens nettement plus aisés que nous, des fils de médecins, par exemple: Jean Mathieu, devenu professeur de français à Saint-Vith, et mon copain de l’époque René Minguet, aujourd’hui chirurgien à Verviers. Je côtoie aussi Jean-Pierre Deblanc, le fils de l’agent de change verviétois qui a succédé à son père. Ce pauvre Jean-Pierre ne lit toujours pas couramment en 6e latine: à se demander comment il a réussi. Ces différences de classe sociale ne me traumatisent pas du tout, heureusement. Il est vrai qu’en tant que fils de commerçant, je suis habitué à rencontrer des personnes de toutes les catégories sociales (tout le monde mange du pain!) et que ça ne m’impressionne pas vraiment.

Les matchs de football nous passionnent: c’est l’époque où le CS Verviétois (matricule 8), qui joue au terrain du Panorama, est en division I. On organise un grand championnat à l’occasion des jeux de Saint-Louis de fin juin. C’est le sommet de l’année, comme aujourd’hui. Mais les finesses de l’analyse française sont loin de nous laisser de marbre. Je peux dire qu’il y a une véritable émulation à l’occasion de ces cours présentés comme préparatoires au latin. Le cours de musique de M. Siquet  tourne quasi systématiquement au chahut, mais les leçons de religion d’un sinistre père Cappelle, surveillant par ailleurs, sont assommantes à en devenir parpaillot: quel type imbuvable!

 

En revanche,

nous aimons beaucoup le père Pietje Van den Bossche, même si on s’en moque parfois. Sa fonction principale est de nous occuper lors des récréations. Durant le long temps de midi,  il organise des jeux pour tous ceux qui dînent au Collège: je me souviens du fameux jeu de drapeaux dont les élèves raffolent; je regrette parfois de devoir rentrer chez moi pour dîner. En hiver, lorsque la neige apparaît, ce qui arrive plus d’une fois entre 1952 et 1956, il construit avec art et entretient avec amour le toboggan de neige qui fait notre fierté et notre joie. A chaque récréation, il est là avec quelques grands d’humanités pour organiser l’utilisation de cette œuvre à la fois grandiose (dans ma mémoire) et fragile. Chacun passe à son tour et profite ainsi au maximum des 15 minutes de récréation du matin, qui deviennent souvent 25 ou 30 avec la complicité de nos instituteurs, enchantés de voir nos minois réjouis.

Le 12 septembre 1955, le Collège est encore en travaux: on construit la salle de cinéma du Centre, qui sera inaugurée le 27 janvier 1956 par Mgr van Zuylen, évêque coadjuteur de Liège. Le cinéma remplace en fait une grande salle d’étude avec ses immenses portes (dont on voit encore aujourd’hui les traces), le bureau du préfet de discipline et une autre classe. Cette année scolaire se termine par les terribles inondations dues au biez de Dison. Verviers est sous le choc.

11. La 6e Latine A

En septembre 1956, je vais découvrir le secondaire. A cette époque, les élèves Van-den-Bossche-Pietje-58.jpg qui ne viennent pas du Collège doivent réussir un examen d’entrée pour être admis en 6e Latine: la matière reine est justement l’analyse. On en reparlera.

Mais, comme promis depuis belle lurette, la veille de la rentrée, maman me conduit à Liège pour m’inscrire à l’internat d’un autre collège! Elle estime que les études sont trop sérieuses pour risquer de les bâcler dans le contexte qui est le mien: toujours distrait par le magasin. Mais comme elle a la manie de s’y prendre toujours à la dernière minute (elle n’est jamais arrivée au début de la messe alors qu’il suffisait de traverser la rue pour pénétrer dans la chapelle!), elle se décide encore in extremis. J’espère secrètement que ça ne marchera pas. Nous sommes allés visiter Don Bosco, rue des Wallons, qui a une section latine. On est reçu par le directeur. Ma mère hésite. Tous comptes faits, la qualité de l’air lui paraît suspecte…et c’est ainsi que je me retrouve dans mon Collège encore pour un an.

J’entre donc le lendemain en 6e Latine A, la classe de M. Jacques Martiny. L’autre 6e est dirigée par M. Louis De Donder, qui a Jean Gillot comme élève cette année-là. Jean, en provenance de Saint-Michel, a donc réussi l’examen d’entrée délivrant le sésame pour Saint-François-Xavier. Dans ma classe, je découvre beaucoup de nouvelles têtes, c’est assez impressionnant.

 

 

Voici les noms que je reconnais (aidé par quelques camarades) sur cette photo de la 6e A; de haut en bas et de gauche à droite (j’ai noté une astérisque pour les élèves qui sont devenus papas d’élèves du Collège).

1956--6eme-latine-A.jpg

4e rang (au-dessus): Christian Devos, Georges Stembert*, René Minguet*, Köttgen, Maréchal, Paul Bodart, Jacques Burguet* - 3e rang: Paul Reul*, Pierre Groenecheld, Jacques Debaar, Jean Janssen*, Jacques Thiry, Andrien, René Peelen;
2
e rang: Henin, Proumen, Jean Daniels, M. Jacques Martiny, Jean-Pierre Deblanc, ?, Joseph Schroubben - 1er
rang: Michel Crickboom, Demoulin, Plumhans, ?, Wambeek, ?, Léon Winandy, Jean-Claude Bodart et Marcel Brixhe.

Jacques Martiny, très bon pédagogue, véritable amoureux du latin (9h/semaine), nous donne aussi français (5h), math (4h) et géographie (1h). A la fin de cette année-là, il est allé faire son régendat de peur de ne pas être «régent-assimilé» lors de l’application du futur Pacte Scolaire. Il aurait pu s’en passer! Louis De DDD-55-jpg.jpg Donder (qui bénéficiera du statut grâce à son ancienneté) nous donne histoire (2h), Hubert Peeters, néerlandais (4h), le père Willame religion (2h), et Joseph Willame-57.jpg Roba gymnastique (1h). Je crois que l’on a encore de temps en temps de la musique et, initiative très appréciée, nous allons chaque semaine au bassin de natation (Bodeux) de la rue de Dison, pour apprendre à nager. Notre classe se situe au premier dans le local qui sert aujourd’hui à l’aumônerie. La 6B est au second étage.

1956-rheto-Troupin-nn.jpgComme José Troupin (assis à l'extrême droite sur la photo ci-dessus) est alors en rhétorique, il joue à l’ancien et me tuyaute sur le seul prof qu’on peut chambarder: Peeters, le prof de néerlandais, surnommé Barbapoux. C’est un peeters-Hubert-.jpg véritable Anversois, à l’accent flamand prononcé, qui s’est installé à Banneux dans l’espoir d’un miracle qui guérirait un de ses enfants  anormal. En fait, c’est un saint homme, mais un peu naïf. Il a une dévotion toute particulière pour la Vierge Marie. Quelques années plus tard, il intégrera une secte qui l’enverra au Canada en tant qu’évêque… Cette Eglise dissidente avait élu un pape du nom de Clément XV. Evidemment, j’ai appris tout ça 9 ans plus tard, quand je suis devenu prof moi-même.

Comme prévu, j’ai immédiatement chahuté ce brave homme et me suis retrouvé dans le couloir dès le second cours, je crois. Est-ce pour ça que j’ai toujours traîné une faiblesse dans la langue de Vondel? Possible.

Malgré l’examen d’entrée, il y a encore des élèves qui peinent en 6e Latine, à tel point que chaque année, après les examens de Toussaint, certains élèves quittent le Collège pour se réorienter. Le latin à dose intensive ne pardonne pas! On a trois séries complètes d’examens et toujours les mêmes cartes de couleur comme bulletins hebdomadaires. Je ne crois pas que les réunions de parents existent déjà, mais la cadence des bulletins permet à ceux-ci de bien réaliser la tournure des événements. Evidemment, les parents qui confient leurs enfants au Collège sont presque tous des catholiques pratiquants, donc leurs fils de 12 ans aussi. Nous sommes tenus d’assister à la messe de 8h05 tous les jours de la semaine, sauf le lundi. Mais ceux qui sont allés communier (il fallait être à jeun depuis minuit) ont le droit de déjeuner à leur aise dans le local sous la salle des profs actuelle (local de musique): on leur offre même du cacao et des biscottes. La chapelle utilisée le matin se situe à l’endroit de l’actuelle salle audio 1. Il faut arriver avant 8h05, sinon l’infâme Cappelle ne note pas votre présence et vous ramassez vos deux heures de retenue comme un vulgaire brosseur. Je parle d’expérience! Certains sont dispensés de cette présence, car ils habitent hors des limites déterminées ou sont requis par le service de leur paroisse,  ils sont cependant tenus d'assister à la messe quotidienne en paroisse: ils ont une carte de présence à faire signer chaque fois par le célébrant. Comme certains curés (ou vicaires) trouvent cette obligation excessive, ils signent parfois la carte d’un garçon absent ou dispensé par leurs soins. Mais Cappelle veille. J’ai appris qu’il lui arrivait de faire le tour des églises des environs à scooter (Zundapp) pour coincer les tricheurs: je vous laisse deviner les rapports que les jésuites devaient avoir avec certains curés des environs!

Nos cours commencent à 8h30 comme aujourd’hui, mais on a 2 heures de temps «libre» à midi (pas question de glander en ville, évidemment) et seulement 2 heures de cours après-midi : c’est toujours la semaine de 6 jours. On termine à 15h50.

L’église n’est utilisée par l'école que pour les grandes fêtes religieuses, en particulier durant la semaine sainte, et pour les confessions, qui se passaient durant les cours. Un surveillant vient prévenir que c’est le moment. Le défilé des classes est évidemment organisé pour ne pas perdre trop de temps. Ne vont se confesser que les volontaires, évidemment, mais c’est la majorité. A l’époque, il y a des confesseurs-vedettes, des rapides, qui sont très demandés et d’autres qui sont à éviter comme la peste: trop curieux, trop bruyants ou beaucoup trop longs!

A part les heures de flamand (comme on disait à l’époque), qui sont souvent des récréations déguisées, les autres cours sont sérieux. M. De Donder nous amuse parfois avec ses talents de comédien, mais c’est loin d’être fréquent. Je me souviens d’un cours en particulier où il ne riait vraiment pas: il a piqué une véritable colère parce que notre condisciple Demoulin regardait sa montre en bâillant (au premier banc en plus!). Il lui a hurlé dans l’oreille que c’était une offense personnelle. Demoulin était terrorisé. Nous aussi. Le cours de religion est parfois amusant: le père Willame nous apprend des chansons du père Duval («Qu’est-ce que j’ai dans ma p’tit’ tête à rêver comme ça le soir…», par exemple), sorte de précurseur masculin de Sœur Sourire. J’ai commencé à me méfier de lui quand il m’a un jour demandé de passer dans sa chambre. Il me prenait sans doute pour un adolescent précoce: il m’a donné un petit livre censé m’éduquer sexuellement… comme en 1957! Mais il n'a jamais été ambigu avec moi (ni avec les autres, je suppose). Je n'ai d'ailleurs jamais entendu parler de cas vécus.

Je fais un bon premier trimestre en 6e Latine, mais les résultats chutent à Pâques, en particulier en histoire, où je me paie un 15,9/40 (sic). Il faut savoir qu’à cette époque, seuls le français, le latin et la religion exigent les 50% de minimum. Dans les autres branches, la barre est à 40% (soit 16/40 pour l’histoire!). Rappelons que ces résultats doivent être atteints tant à l’année qu’au troisième trimestre seul. Je m’en sors finalement sans anicroche avec 71% de moyenne.

Cette année-là, maman s’y prend plus tôt pour me trouver un internat et c’est ainsi que j’atterris en 5e Gréco-Latine au collège Saint-Barthélemy à Liège, où je vais passer 8 ans de ma vie scolaire en comptant la Spéciale-Math et les 2 ans de régendat. Je n'aurai donc jamais le père Van Rijkevoorsel ni le père Lambotte, titulaires de 5e au Collège. Bertholet-Leon.jpg

Van-Rijk-58.jpg

La seule fois où je suis revenu au 18 de la rue de Rome (oui, c’était depuis 1954 le 18 et non plus le 16), c’est pour aller chercher l’attestation de ma réussite en 6e Latine. Je suis tombé dans le bureau du préfet Nachtergaele en ébullition, je crois que se trouvait Comeliau-P-nn--58.jpg là le grand élève de Poésie Léon Bertholet (pourquoi? ) - un "pilier" du Collège que je retrouverai comme parent d'élève et actif chez les Anciens. Cette agitation provenait du fait que le recteur  Coméliau  avait eu un grave accident: il était passager dans le side-car de la moto que pilotait le frère Gérard Hullebroek (1900-19801966 Frère Hullebroek),


aussi gravement blessé.

Le recteur, je ne l'ai guère connu, était auparavant professeur de 3e LG. Quant au Frère, Flamand d'origine (né près de Gand) –  son accent ne trompait pas –   et sacristain permanent de l'église du Sacré-Coeur, c'était un homme charmant qui connaissait tous ses «paroissiens». Comme il le disait, il était plus verviétois que la plupart des habitants de la cité lainière: il a vécu de 1936 à 1977 en nos murs. Voyez les photos ci-dessous (datant de 1966, année de son jubilé de 50 ans de vie religieuse) de ce jésuite simple et attachant dans le cadre de ses fonctions.Frere-Huytebroek.jpg
Petite anecdote: dans ses vieux jours, il prenait plaisir à réciter des tirades entières de Victor Hugo ou la totalité d'Athalie qu'il avait mémorisées autrefois.

Par Jean Janssen - Publié dans : domesfx
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 18:06

Le 18 de la rue de Rome

  Je viens de retrouver dans les archives du Collège les calendriers scolaires (photo ci-dessous) qui me permettent de dire que le 16 est devenu le 18 de la rue de Rome durant l'année scolaire 1953-1954 ou, au plus tard, durant les grandes vacances: on a numéroté l'église du Sacré-Coeur! Pour moi, ce n’est pas le seul changement.


1. Le grand retour dans mon Collège

Mon régendat en math (physique et sciences économiques) terminé, je cherche immédiatement du travail en commençant par téléphoner au collège Saint-François-Xavier: il paraît qu’on cherche quelqu’un en math. Le père André Nachtergaele (dit Nach), Nach 57 devenu recteur, regrette: je suis mal informé, c’est le français qui est actuellement en déficit au Collège. Pas de chance, mais comme on n’est que fin juin, pas de panique. J’envoie alors mon curriculum vitae dans la plupart des écoles catholiques de la province de Liège. Aucune réponse positive avant de recevoir vers le 22 août 1966 deux émissaires du…Collège. Il s’agit du père Robert-n.jpgVictor Robert (dit Globule) et de Jacques Florence, professeur de gymnastique. Mais ils n’ont que 8 heures/semaine à me proposer. J’hésite; puis, le lendemain, je téléphone que je suis d’accord: un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.Florence-J-68.jpg

L’entretien avec le père Recteur se passe sans problème. Il me pose quand même une question surprise: connaissez-vous des personnalités? Interloqué, je lui demande s’il veut parler de personnalités politiques. Aussi embêté que moi, il me fait comprendre sans vraiment me le dire (c’est un jésuite, tout de même) qu’il s’agit plutôt de notables qui pourront confirmer que je suis un type «bien». Je crois comprendre qu’il parle du domaine religieux et je lui cite les deux ecclésiastiques censés me connaître: mon curé de paroisse, l’abbé Pauchenne, et mon directeur d’école, le chanoine Lambrette. J’imagine qu’il prend là-bas les renseignements souhaités, qui ne sont pas trop mauvais, puisque je suis engagé le lendemain. Je n’ai pas le temps de savourer ce moment unique que je suis embrigadé dans un recyclage donné par l’inspecteur de math de la Compagnie… Jean Nachtergaele, son frère! Difficile de refuser. Je vais accompagner un autre professeur de math du nom d’Héroufosse: je dois le connaître, puisque je suis un ancien de la maison. Je détrompe le père Recteur, qui ne peut pas savoir que je ne le connais que par son surnom de Pia

 Fin août, nous arrivons à l'internat à Godinne: c’est en fait très agréable de rencontrer des profs de math de différents collèges jésuites de la Belgique méridionale. Le sujet du recyclage est «Les maths modernes». Comme je me suis intéressé plus spécialement à cette matière pour mon travail de fin d’études, je m’aperçois que j’en connais nettement plus que la plupart de mes aînés, mais je reste modeste, heureusement!

Deux jours avant la rentrée, je suis appelé à Saint-Michel pour 6h de cours en 1re Commerciale et, si la bonne rentrée se confirme, 18h de surveillance dès le 1er octobre. Je n’aurai pas le temps de chômer! La veille de la rentrée, je reçois encore un coup de fil de Saint-Roch (Theux): l’abbé Duysinx se demande si j’accepterais 5h de math en 3e Scientifique B et 2h de sciences. Je me présente sur-le-champ et lui avoue que je ne suis pas un aigle en sciences mais que les heures de math m’intéressent beaucoup. Il me dit alors que la décision finale appartient à son Conseil de direction, dans lequel se trouve un professeur qui accepterait ces cours, mais qui aurait ainsi un horaire hebdomadaire de 30 heures! Il ne me répondra jamais. Sollicité par mes soins, ce directeur m’apprendra laconiquement que le conseil de direction a préféré la solution interne!

Me voilà donc engagé à Saint-Michel (où on oublie de me faire signer mon engagement!) et au Collège, où on me confie la 4e Gréco-Latine et la 4e Latin-Math.

Je suis surexcité à l’idée de rencontrer les élèves. Et très fier d’être engagé chez les jésuites, mon ancienne école.

Je me souviens avoir été très bien accueilli rue de Rome. En particulier par les jésuites, qui sont encore nombreux dans l’enseignement. J’y retrouve aussi MM. Martiny et De Donder, qui ne m’ont pas oublié. Et je découvre quelques jésuites qui ne cesseront de me mettre à l’aise et de m’encourager. Je garde en particulier un excellent souvenir du père Baumal titulaire de la 4e LG, qui donne les cours de latin, grec, Baumal nfrançais et religion dans cette même classe. Il est à la fois exigeant et très compréhensif pour ses élèves. Son local de classe, comme sa chambre, est d’une propreté étonnante: il y veille jalousement. Amputé d’une jambe, il en souffre régulièrement, mais il reste d’un caractère serein et se montre d’une grande modestie dans les réunions pédagogiques malgré l’expérience manifeste de ce vieux serviteur de l’enseignement. Nous avons souvent parlé ensemble de nos élèves communs, pour lesquels il a une tendresse toute paternelle sous des dehors plutôt sévères. Ex-compagnon de classe de Louis De Donder, il subira avec beaucoup de bonhomie les taquineries régulières de celui-ci. Il est en outre passionné par le chemin de fer et il connaît l'horaire de tous les trains qui passent derrière le Collè ge, son endroit de prédilection pour y dire son bréviaire (voir photo ci-contre à droite).

Le second jésuite avec lequel j’ai beaucoup d’atomes crochus est le célèbre père Richard Dedeurwaerder (photo ci-dessous), communément appelé Dedeur. D’abord père Ministre, si je me souviens bien, puis Econome, cet homme bâti comme un chêne surveille régulièrement les études, chapelet en main. A force de le côtoyer, on détecte chez lui un souci du prochain et une grande générosité qu’il cache sous des dehors volontiers bourrus. Comme il est aussi confesseur à Saint-Michel, je le rencontre plus souvent que les autres. Tout en le respectant énormément, je suis rapidement devenu un de ses copains. Son seul petit défaut apparent est une curiosité assez répandue dans les couvents. Mais elle lui permet de connaître pratiquement tout Verviers, d’autant plus qu’il est aumônier à la clinique Peltzer, où il passe toutes ses nuits!

Evidemment, mes nombreuses heures de prestations à Saint-Michel ne me permettent pas encore d’apprécier à sa juste valeur la convivialité qui règne alors au Collège, partagé quasi équitablement entre primaires et secondaires. Les humanités comptent alors 11 classes, soit environ 260 élèves; la nouvelle section latin-sciences (5e et 4e Latin-Math dans l’inférieur) en est alors au niveau de la 3e.


2. La vie avec la communauté

Dès que l’on pénètre dans le couloir de la salle des professeurs, on se sent dans un établissement religieux. Le local actuel (2007) des photocopieuses est destiné au père Portier en-dehors des heures scolaires. Durant la journée, c’est M. Breuer qui occupe cet endroit; il sera remplacé quelques années plus tard par le méridional M. BoscBosc 1978. Juste à côté, il y a deux parloirs, puis un bureau. Le bureau occupé aujourd'hui (2007) par Sabine Simon est alors un petit réfectoire pour les laïcs. Le dîner chaud coûte 50 FB en 1966 et 60 FB 10 ans plus tard. Le bureau et la chambre du père Recteur se trouvent au fond du couloir. Evidemment, il n’y a pas encore de cloison pour couper ce couloir en deux, mais un écriteau bien visible affiché au milieu avertit le visiteur qu’il franchit la clôture. 

Chaque semestre se termine autour d’un bon repas, presque un festin, avec toute la communauté. Nous nous sentons un peu comme des amis de la maison, des invités permanents. Nous, profs et instits, sommes les collaborateurs laïques des jésuites. Instits-Groupe-60.jpg

Chaque année, un mercredi après-midi du mois de mai, nous (les laïcs, à l'initiative de Raymond Gaillard) organisons et offrons une petite excursion touristico-culturelle, goûter à l’appui, aux différents membres de la communauté: c’est une manière de remercier les jésuites pour tout ce qu’ils nous donnent durant l’année. Ces sorties annuelles auront un réel succès jusqu’en 1977. Elles deviendront petit à petit un rendez-vous convivial pour la «grande famille Saint-François-Xavier». Je me souviens plus particulièrement de la visite guidée par le professeur Overloop – qui n’aimait ni les architectes, ni les prêtres en civil! – au château de Reinhardstein en 1973. Marie-France Dethier, dont c’était la première année d’enseignement défendra courageusement les confrères de son architecte de papa!Deweert 2010

Durant ma première année au Collège, je rencontre occasionnellement les pères Willy Deweert (à gauche) devenu écrivain et spécialiste du thriller religieux; le voilà 44 ans plus tard sur la photo de droite) –   et Jacques Misson, tous deux titulaires de Rhéto, de même que les pères Frépont, Ernotte et Van der Biest.




Kruth-66.jpg Le R.P. Kruth est alors professeur de 3e et... inventeur. Il dépose des brevets pour un frotteur et une échelle de secours «escamotable». J’ai un peu plus de contacts avec le père Bodaux, qui assure très discrètement la préfecture des études. Une tâche pour Wathelet-M-66.jpg semi-retraité à l’époque. Bien entendu, je vouvoie tous les jésuites et mes anciens professeurs devenus mes collègues; ils ne m’en ont d’ailleurs jamais dissuadé.
Daele-1965.jpg






Je ne connais ni Melchior Wathelet, ni Thomas Lambiet, ni Jean-Michel Daele, qui sont en Rhéto, mais bien le petit Jean-Claude Houssonlonge, auquel je donne cours en 4LM et qui deviendra mon collègue. Lambiet-Thomas-66.jpg

  Houssonlonge-66-67.jpg

 

 

Par Jean Janssen - Publié dans : domesfx
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